Au Tigré, dans le nord de l'Éthiopie, près de trois ans après la signature des accords de Pretoria, la commission d'enquête sur le génocide alerte sur les conditions de vie des personnes déplacées par le conflit. Selon son dernier rapport, environ 750 000 personnes n'ont toujours pas pu regagner leurs foyers. Déplacées de force par les forces érythréennes et l'armée fédérale éthiopienne, ces populations vivent encore dans des camps.
Pour établir ce constat, la commission a interrogé plus de 5 000 personnes dans 92 camps de déplacés à travers la région. D'après l'enquête, 87 % des personnes déplacées le sont depuis plus de quatre ans. Plus de la moitié réside aujourd'hui dans des écoles réaffectées et surpeuplées, ou dans de simples tentes en plastique abîmées. Certaines n'ont même plus d'abri. Dans un camp de l'ouest du Tigré, 168 décès liés à la malnutrition et au manque de soins médicaux ont été enregistrés en seulement six mois.
Le rapport dénonce également une aide humanitaire insuffisante et irrégulière. Certains déplacés affirment recevoir des rations qu'ils doivent revendre partiellement pour financer le broyage du grain, faute de moyens.
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La situation sécuritaire reste aussi tendue : la quasi-totalité des personnes interrogées disent ne pas se sentir en sécurité. Le rapport recense des cas de détentions arbitraires, de violences sexuelles et de disparitions forcées, toujours signalés dans plusieurs camps.
Le retour des familles déplacées demeure difficile. Certaines zones du Tigré occidental restent occupées par les forces amhara et érythréenne. De plus, les déplacés soulignent le manque de moyens pour reconstruire leurs maisons et relancer leurs activités agricoles sur leurs anciennes terres.