Un faisceau de questions se posent aujourd’hui devant les nombreuses décisions du régime malien, les unes plus intrigantes que les autres, au point que, légitimement, on peut s’interroger sur l’aptitude d'Assimi Goita à tenir sur la trajectoire de ses homologues de l’AES, qui aussi font face aux mêmes difficultés.
C’est vrai que l’avancée de la menace djihadiste se précise de plus en plus vers le centre du pays et vers les villes, devant une porosité inquiétante des lignes de défenses des FAMA. Apparemment rien pour l’instant ne se dessine en terme de riposte. L’attention du régime semble être aujourd’hui tournée vers des règlements de compte avec ses alliés d’hier, dont les premiers à en faire les frais sont l’Imam Mahmoud Dicko, contraint à l’exil, et récemment Choguel Maiga, son ancien Premier ministre, aujourd’hui en détention.
L’armée qui devait s’occuper de la défense du pays est traversée par une crise de confiance au sommet, crise à l’origine de la purge déclenchée récemment par le président Goïta, pour des motifs obscurs de tentative de déstabilisation des institutions. La véritable tentative de déstabilisation vient en effet du JNIM qui avance à grands pas, y compris par une communication assez efficace d’ailleurs.
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Dans le même temps, le soutien attendu des troupes d’Africacorp ou des alliés de l’AES tarde à se manifester, ou du moins n’a pas produit d’effets visibles sur le terrain, et l’armée reste muette (c’est vrai que c’est la grande muette) sur les revers militaires enregistrés. Vrai ou faux, cela reste évidemment à prouver, or il semble qu’il y ait un retard à l’allumage, comme il en a été avec les arrestations et les accusations portées contre des officiers supérieurs de l’armée.
Pour ne rien faciliter, le tribunal de grande instance de Bamako a acté la recevabilité de la plainte des avocats contre la décision de suspension des partis politiques, quoique l’issue ne soit pas certaine quant au sort de cette interdiction ; la requête a été renvoyée devant la Cour constitutionnelle pour apprécier de la constitutionnalité des décrets pris par la junte ; une manière de renvoyer « la patate chaude ».
Une occasion aussi pour l’opposition politique de saisir la balle au rebond pour remettre sur la table la décision de mettre entre parenthèses la vie politique sous un prétexte (sécuritaire) qui aujourd’hui ne convainc plus grand monde.
Pendant ce temps, les autres pays de l’AES (Niger, Burkina) s’organisent pour faire face aux nombreux défis économiques et sociaux, mais aussi sécuritaires, avec plus ou moins de bonheur, car il faut le rappeler, Moussa Tchangari, une des figures de proue de la société civile nigérienne, est toujours en détention.
Le moment d’instaurer une trêve semble venu pour le régime malien, pour organiser un dialogue consolidant sans lequel le Mali risque une fracture qui serait préjudiciable non seulement à l’AES mais pour la sous-région, où l’on note des débordements des avancées djihadistes sur les frontières de la Mauritanie et du Sénégal.