Gabon: La police est largement perçue comme corrompue, indigne de confiance et sujette aux abus

Key findings

  • Près des deux tiers (64%) des Gabonais ont déclaré s'être sentis en insécurité dans leur quartier au moins une fois au cours de l'année écoulée. Plus de quatre sur 10 (44%) ont dit avoir craint un acte criminel à leur domicile.
  • Les résidents urbains et les citoyens pauvres étaient plus susceptibles de signaler ces expériences d'insécurité que les répondants ruraux et plus aisés.
  • Environ un sur 10 citoyens (9%) ont déclaré avoir sollicité l'aide de la police au cours de l'année écoulée. Six fois plus (54%) ont rencontré la police dans d'autres situations, comme aux points de contrôle, lors de contrôles d'identité ou de contrôles routiers, ou encore lors d'une enquête.
  • Parmi les citoyens qui ont demandé l'aide de la police, 61% ont dit qu'il a été difficile d'obtenir l'aide dont ils avaient besoin et 51% ont affirmé avoir dû payer des pots-de-vin.
  • Parmi ceux qui ont rencontré la police dans d'autres situations, 35% ont déclaré avoir dû verser des pots-de-vin pour éviter des problèmes.
  • Presque tous les citoyens (99%) ont estimé qu'au moins « certains » policiers sont corrompus, dont 68% qui ont affirmé que cela s'applique à « la plupart » ou à « tous » les policiers - la pire évaluation parmi toutes les institutions et tous les dirigeants interrogés dans l'enquête.
  • Seuls un sur quatre Gabonais (25%) ont déclaré faire « partiellement » ou « beaucoup » confiance à la police.
  • La majorité des personnes interrogées ont affirmé que la police arrête « souvent » ou « toujours » les conducteurs sans motif valable (68%) et fait un usage excessif de la force contre les manifestants (64%) et les personnes soupçonnées de criminalité (57%). Un tiers (33%) affirme que la police se livre fréquemment à des activités criminelles.
  • Seuls un sur cinq citoyens (20%) ont déclaré que la police opère « souvent » ou « toujours » de manière professionnelle et respecte les droits de tous les citoyens.
  • Cependant, 83% des répondants ont estimé qu'il est probable que la police prenne au sérieux les signalements de violences sexistes.
  • Seulement un sur 10 citoyens (11%) ont approuvé la performance du gouvernement en matière de réduction de la criminalité.

Les policiers sont les représentants les plus visibles du gouvernement. En cas de besoin ou de danger, on attend d'eux qu'ils soient accessibles, réactifs et dynamiques. On attend également d'eux qu'ils fassent preuve d'un professionnalisme irréprochable, qu'ils interviennent auprès des citoyens dans leurs moments de plus grande vulnérabilité ou face à eux dans leurs pires comportements.

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Des critiques ont accusé la police gabonaise de ne pas répondre à ces attentes, alléguant des abus allant de la corruption à la brutalité. Parmi les exemples récents, on peut citer les accusations d'extorsion, d'enlèvement et de torture portées contre six agents à Libreville, accusés d'avoir effectué des contrôles routiers illégaux et d'avoir forcé les victimes à retirer et à remettre des fonds bancaires (Ekore, 2024). En novembre 2024, 34 agents ont été suspendus pour implication présumée dans des réseaux de trafic de drogue (Dissumba, 2024).

Le rapport du Département d'Etat Américain sur les droits de l'homme (2023) fait état du mépris des policiers pour les procédures d'arrestation, ainsi que de perquisitions arbitraires et d'atteintes à la vie privée. Les médias gabonais rapportent également que les forces de police nationale sont en proie à des dysfonctionnements systémiques qui compromettent gravement leur professionnalisme et leur capacité à assurer la sécurité publique (Laborieux, 2024).

Dans le cadre d'une tentative de réforme suite au coup d'Etat d'août 2023

au Gabon, le gouvernement de transition a annoncé une restructuration des forces de police. En mai 2025, le Ministre de l'Intérieur, Hermann Immongault, a décrit les objectifs de la réforme comme le renforcement des capacités opérationnelles pour lutter contre le crime organisé, les violences sexistes et les violations des droits humains. Les réformes comprennent la création de nouvelles unités spécialisées, la formation et le déploiement de 944 sous-officiers, ainsi que le recrutement de plus de 1.000 agents actuellement en formation (Ministère de l'Intérieur, 2025).

Cette dépêche rend compte d'un module d'enquête spécial inclus dans le questionnaire Afrobarometer Round 9 pour explorer les perceptions et les expériences des citoyens gabonais avec la police.

Les résultats de l'enquête montrent que la police était largement perçue comme corrompue et peu fiable. Peu de citoyens ont estimé que la police agit avec professionnalisme et respecte les droits des personnes, tandis que la majorité des répondants ont déclaré qu'ils arrêtent les conducteurs sans raison valable et font un usage excessif de la force, tant envers les manifestants qu'envers les criminels présumés. Environ un tiers des citoyens ont estimé que la police se livre fréquemment à des activités illégales. Parmi ceux qui avaient interagi avec la police au cours de l'année écoulée, nombreux sont ceux qui ont déclaré avoir dû verser des pots-de-vin.

Dans un contexte d'insécurité généralisée, les citoyens gabonais ont désapprouvé massivement les performances du gouvernement en matière de réduction de la criminalité.

Baba Adou Baba Adou is a researcher of Political Science at the University of Florida and the UF Sahel Research Group

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