C'est sûr et certain, beaucoup d'entre nous ont déjà entendu parler d'un cadavre encombrant. Peut-être même, nous est-il arrivé de gérer des cas de décès problématiques d'un parent, d'un proche et dune connaissance.
Qu'est-ce qui a provoqué le décès ? Comment s'y prendre pour les obsèques ? Où enterrer le cadavre ? Etc. C'est ce genre d'interrogations qui turlupine quand, pour une raison ou une autre, il y a anguille sous roche au sujet d'un cadavre « difficile » à enterrer.
Celui de "monsieur Z », surnom emblématique de Protais Zigiranyirazo, un des commanditaires présumés du génocide rwandais, décédé le 3 août dernier à Niamey, est un cas d'école de cadavre encombrant. En effet, la justice, le politique, la religion et le communautarisme s'enmmêlent les pinceaux en invoquant, l'histoire, le présent et le futur pour ne plus savoir à quelles obsèques ni à quel cimetière lui trouver une dernière demeure.
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Que Jean Paul Sartre, le père de l'existentialisme, doit boire du petit lait outre-tombe, lui qui, dans une de ses oeuvres majeures, « L'Etre et le Néant », a laissé à la postérité, cette célèbre maxime : « Etre mort, c'est être en proie aux vivants »! Le philosophe par cette assertion indique que même après la mort, nous demeurons sous les regards croisés de nos contemporains, parents, amis et autres. « Ces derniers continuent d'interpréter, de définir et d'utiliser les morts, comme dans les mythes, plaçant ainsi le défunt sous leur influence continue » et au service des causes qu'ils ont défendues ou pas.
Revenons à feu Protais Zigiranyirazo, dit « monsieur Z », décédé depuis le 3 courant au Niger et dont le macchabée, convoyé en France, où il vivait depuis 1994, est en souffrance dans un funérarium. En effet, le maire d'Orléans a pris un arrêté refusant que « monsieur Z » soit inhumé au grand cimetière de la ville, au motif qu'il y a un risque de trouble à l'ordre public. De fait, si plusieurs centaines de personnes étaient attendues aux obsèques de Protais Zigirayiranzo, à l'évidence, la ville d'Orléans et certainement les autorités françaises, redoutent davantage que ces funérailles soient une élégie aux commanditaires et exécutants présumés des massacres de Tutsi en 1994.
Le risque est réel, car ils sont nombreux, les contempteurs du régime de Paul Kagame qui vivent en Europe. Après le non-lieu prononcé par des juges français au profit de Mme Habyarimana qui était justement poursuivie pour complicité de génocide, les obsèques de « monsieur Z », lui aussi sauvé de la condamnation en appel pour vice de procédure, prenaient les allures de « rassemblement, de commémoration ou d'exaltation en faveur des auteurs ou complice » du génocide rwandais.
C'est pourquoi la première décision de la municipalité d'Orléans d'autoriser l'inhumation de Protais Zigiranyirazo au grand cimetière de la ville avait suscité la vive émotion des familles des victimes desdits massacres. Comment les autorités françaises ont-elles pu autoriser des hommages posthumes à une personnalité aussi controversée que « monsieur Z », s'indigne le collectif des parties civiles (CPCR).
La volteface du bourgmestre d'Orléans remet comme les pendules à l'heure d'un match nul entre le gouvernement de Kigali, le CPCR et les adversaires du président Kagamé, notamment ceux vivant dans l'Hexagone. L'annulation de la messe d'absoute de Protais Z. par l'évêque d'Orléans, qui invoque un défaut de repentance du défunt, ajoute sa part de piquant à la désespérance d'un cadavre encombrant en manque d'obsèques et de sépulture. Et l'on redonne raison à Sartre : mourir, c'est être en proie aux vivants !