Bénin: Entre désir d'émigrer et réserves sur l'accueil d'étrangers, les Béninois sont favorables à une ouverture commerciale

Quatre citoyens sur 10 ont envisagé d'émigrer vers un autre pays.

Key findings

  • Quatre Béninois sur 10 (40%) ont envisagé d'émigrer vers un autre pays, soit une baisse de 6 points de pourcentage depuis 2017.
  • Parmi ceux qui ont pensé à émigrer : o La plupart citent comme raison la recherche du travail (37%), les difficultés économiques (28%), la pauvreté ou l'indigence (14%) ou encore la recherche de meilleures opportunités d'affaire (6%).
  • Près d'un sur deux souhaitent rester en Afrique, surtout au Nigéria (23%) ou dans un autre pays d'Afrique de l'Ouest (16%), tandis que l'autre moitié de ces répondants rêvent d'ailleurs, notamment l'Europe (20%) et l'Amérique du Nord (18%).
  • Plus de six répondants sur 10 (64%) déclarent que l'impact économique des migrants étrangers sur le Bénin est positif.
  • Cependant, seul un quart des citoyens veulent que le Bénin accueille davantage de travailleurs étrangers (27%) et de réfugiés (25%).
  • Près des trois quarts (74%) des Béninois estiment que les populations d'Afrique de l'Ouest devraient pouvoir franchir librement les frontières pour commercer ou travailler dans la sous-région.
  • Mais environ huit sur 10 citoyens béninois (78%) déclarent qu'il est difficile de traverser les frontières internationales en Afrique de l'Ouest.
  • La grande majorité (83%) des répondants souhaitent que le gouvernement
  • Seulement 8% des répondants disent avoir entendu parler de la Zone de Libre- Echange Continentale Africaine (ZLECAf).

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

L'Afrique subsaharienne est l'une des régions les plus dynamiques du monde, mais elle reste confrontée à de profondes fragilités socio-économiques. Malgré son potentiel démographique et économique, elle abrite plus de la moitié des pauvres de la planète, soit plus de 400 millions de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté en 2024 (Banque Mondiale, 2025).

Dans un tel contexte de pauvreté généralisée, marqué par le chômage et le manque d'opportunités économiques, la migration apparaît comme une stratégie de survie mais aussi d'émancipation (Banque Mondiale, 2018).

Contrairement à certains stéréotypes, les migrations en Afrique sont avant tout un phénomène essentiellement intra-africain : Plus de 80% des migrants restent sur le continent (Union Africaine & Organisation Internationale pour les Migrations, 2020). Les raisons sont multiples : Recherche d'emploi, accès à l'éducation, conflits, regroupement familial ou volonté de fuir un environnement considéré comme intenable (Institut National de la Statistique et de la Démographie, 2024).

Le Bénin illustre bien ces dynamiques. Situé au carrefour de plusieurs routes migratoires régionales, il se trouve à la fois pays d'origine, de transit et de destination. L'émigration béninoise se dirige surtout vers l'Afrique de l'Ouest et la France, avec des migrants souvent qualifiés dont les transferts de fonds soutiennent les ménages. En 2020, ces transferts s'élevaient à environ U.S. $206 millions (Organisation Internationale pour les Migrations & GIP International, 2011 ; Index Mundi, 2025). Parallèlement, le Bénin attire aussi des immigrés, majoritairement originaires d'Afrique de l'Ouest et actifs comme travailleurs indépendants (Oumonrou & Donko, 2024).

Pour faire la lumière sur la manière dont les Africains perçoivent et vivent les migrations régionales, l'accueil des ressortissants étrangers, la gestion de la mobilité humaine et le commerce international, un module spécial a été introduit dans le Round 10 d'Afrobarometer.

Selon les résultats, une part importante des Béninois disent avoir pensé à quitter le pays, même si cette proportion a reculé par rapport à 2017. Derrière ce désir de départ se cachent surtout la recherche d'un emploi, les difficultés économiques et la pauvreté. Certains voient aussi dans l'émigration l'opportunité de meilleures affaires.

Les destinations se partagent entre deux horizons. Près de la moitié de ceux qui ont pensé à émigrer souhaiteraient rester en Afrique, principalement au Nigéria ou ailleurs en Afrique de l'Ouest, tandis que l'autre moitié des aspirants à l'immigration rêvent d'Europe ou d'Amérique du Nord.

La perception des étrangers au Bénin reste plutôt positive. Six citoyens sur 10 estiment que les migrants contribuent favorablement à l'économie. Mais peu souhaitent ouvrir davantage les portes du pays aux travailleurs étrangers ou aux réfugiés.

L'aspiration à la libre circulation dans la sous-région reste forte. Près des trois quarts des Béninois veulent que les populations ouest-africaines puissent franchir librement les frontières pour travailler ou commercer. Pourtant, une large majorité de répondants affirment qu'il est aujourd'hui difficile de traverser ces frontières.

Enfin, si les Béninois sont massivement favorables à un renforcement des échanges commerciaux avec le reste du monde, la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine demeure largement méconnue.

Justine Gbaguidi Justine Gbaguidi est assistante de recherche à Innovante Recherche en Economie et Gouvernance, le partenaire national d'Afrobarometer au Bénin.

Richard Houessou Richard is the senior project manager

AllAfrica publie environ 400 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.