Madagascar: Vie nationale - Justice et Paix Madagascar dénonce les mensonges et l'injustice

La Commission épiscopale « Justice et Paix » a lancé, le 29 août 2025 à Antananarivo, un appel d'une rare fermeté.

À travers un message, les évêques catholiques, membres de la commission épiscopale Justice et Paix, dénoncent les dérives persistantes qui étouffent le pays, notamment la corruption endémique, les scandales à répétition, les injustices sociales criantes et les mensonges institutionnalisés. « La nation est bien malade », peut-on lire dans ce document qui met en garde contre une déliquescence généralisée si les responsables ne passent pas enfin des discours aux actes.

La Commission commence par rappeler la multiplication de drames tragiques au cours des derniers mois. Intoxications alimentaires meurtrières comme à Ambohimalaza, épidémies de paludisme à Ikongo, accidents routiers quotidiens sur les grands axes, suicides et viols. Autant d'événements qui traduisent une crise profonde à leurs yeux.

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Pour Justice et Paix, ces tragédies révèlent non seulement l'impréparation des autorités, mais aussi une tendance inquiétante à l'improvisation. « On ne sait plus qui dit la vérité », constate amèrement la Commission, dénonçant des explications contradictoires et une communication brouillée qui minent la confiance de la population.

Les évêques listent ensuite des scandales emblématiques dont l'affaire des cinq avions immatriculés à Madagascar puis partis en Iran, les tensions ouvertes entre journalistes et autorités, les attaques verbales contre des universitaires respectés, ou encore l'exploitation anarchique de la biodiversité endémique. Autant d'affaires qui, selon eux, illustrent un système défaillant où la transparence est sacrifiée et où la recherche d'intérêts particuliers prime sur le bien commun. « Une richesse n'est véritablement richesse que si elle fructifie et profite au plus grand nombre », rappelle le texte.

Pauvreté

Le constat est implacable. L'État de droit demeure fragile, miné par la corruption, l'absence de plan de développement clair et l'incapacité à appliquer les lois existantes. Pendant ce temps, la pauvreté s'aggrave, l'insécurité gagne du terrain, les délestages chroniques plongent des quartiers entiers dans l'obscurité et nourrissent violence et désespoir. Pour les évêques, « tant que nous resterons dans le mensonge, l'injustice et la corruption, le pays sera en proie aux conflits et aux troubles ».

La commission Justice et Paix insiste sur une exigence fondamentale, celle de rétablir la vérité. « Une vérité altérée détruit la vérité recherchée », écrit-elle, en référence aux contradictions des autorités. Dans une société où l'on ne distingue plus la réalité des faux-semblants, l'Église alerte sur le danger d'un effondrement moral et politique. La vérité, insiste-t-elle, est la condition même de la liberté.

Patriotisme

Mais au-delà des constats, Justice et Paix trace une feuille de route. Éducation et santé doivent être réformées en urgence, les infrastructures restaurées sur la base de plans cohérents et durables, la protection de l'environnement renforcée face aux ravages du changement climatique et du pillage. La Commission appelle les dirigeants à dépasser la quête de gloire personnelle et à renouer avec un patriotisme fondé sur le sacrifice et la vision collective. « Que la transparence règne enfin dans un État de droit, et que cela ne soit pas seulement des discours », exhorte-t-elle.

Dans ce message, l'Église catholique ne se limite pas à une critique du pouvoir en place. Elle s'adresse aussi au peuple malgache, l'exhortant à résister à la résignation, à défendre la vérité et à cultiver la solidarité. Le mensonge et l'égoïsme, rappelle-t-elle, fragilisent le « fihavanana » et alimentent l'exclusion, les tensions et les violences. Au contraire, la dignité humaine, la gestion équitable du bien commun et la fraternité sont présentés comme les piliers d'une société juste et pacifique.

Justice et Paix en appelle à une conversion nationale. Ce message se veut à la fois un cri d'alarme et un appel à l'espérance. Les évêques rappellent que, malgré l'obscurité présente, ils sont des « pèlerins de l'espérance », invités à bâtir une société fondée sur la vérité et l'amour. « Sans justice et sans vérité, la paix restera une chimère », résume le texte. Reste à savoir si cet appel sera entendu par ceux qui détiennent les leviers de la Nation.

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