Cent vingt-huit ans après leur exil forcé vers la France, les trois crânes de l'ethnie sakalava - dont celui présumé du roi Toera - sont enfin de retour sur la Grande Île. Emportés par l'armée coloniale tels un trophée et conservés au Muséum national d'histoire naturelle de Paris depuis plus d'un siècle, ils ont finalement été restitués à Madagascar par la France le 26 août. Quelques heures après leur arrivée en terre malgache, la relique sacrée du souverain et les ossements de deux de ses chefs militaires ont reçus, ce mardi 2 septembre, les honneurs militaires et républicains lors d'une cérémonie solennelle présidée par le chef de l'État.
Dans un silence de recueillement, les trois coffres recouverts d'un drapeau de Madagascar et contenant chacun un crâne, sont hissés avec maintes précautions au centre du mausolée d'Avaratr'Ambohitsaina.
Après une sonnerie aux morts et un hymne national, le chef de l'État prend la parole : « Dans ce lieu historique, nous célébrons les martyrs de la patrie qui ont combattu le colonialisme. Nous renforçons dans le coeur des descendants la mémoire de ceux qui ont lutté pour la patrie. Ils ne mourront jamais dans nos coeurs ».
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Parmi les invités, de hautes autorités bien sûr, mais surtout plusieurs membres de la famille royale Sakalava. Au passage des crânes, le prince Georges Harea Kamamy, arrière-petit-fils du roi Toera, et souverain nouvellement intronisé, asperge les coffres avec de l'eau du fleuve Tsiribihina pour souhaiter la bienvenue à son aïeul sur sa terre d'origine. S'il se dit soulagé par le retour de la relique sacrée sur l'île, il regrette néanmoins que les traditions n'aient pas été mieux respectées. « On me demande si les conditions étaient bien remplies pour qu'on soit là, moi je dis traditionnellement que non, insiste-t-il. Si j'ai bien compris, la République française a remis à la République malgache les reliques. Et cette fois-ci, la République malgache va remettre à la famille les reliques. Et à partir de là, je pense qu'il est légitime pour nous d'imposer nos protocoles ».
Les trois crânes de guerriers, restitués officiellement par la France la semaine précédente entament désormais un parcours de quatre jours d'hommages avant d'être rendus à leurs descendants.
Un convoi funéraire prendra la route vers la côte ouest. Destination : le Menabe, la région du roi Toera décapité par l'armée française en 1897. Près de 800 kilomètres au cours desquels les crânes transiteront entre autres par les villes d'Antsirabe et de Miandrivazo, avant d'arriver vendredi matin à Belo sur Tsiribihina. Le gouvernement a appelé la population à se recueillir au passage du cortège, « à se mettre au garde à vous et à se découvrir la tête » devant les reliques de ces « héros de Madagascar ».
Selon le ministère de la culture, le « kabeso », le crâne royal, devrait ensuite être transféré au tombeau d'Ambiky mi-septembre lors de rites funéraires, pour venir compléter définitivement la relique du souverain décapité.
Si cette restitution vise à rétablir la dignité spoliée du peuple sakalava et à panser une mémoire coloniale encore vive, elle ne dissipe cependant pas toutes les tensions. Dans le Menabe, les descendants de Toera se disputent encore la garde du « kabeso » (le crâne royal). Deux clans continuent de revendiquer le droit d'être dépositaire de la relique, garante du pouvoir et de l'autorité lignagère.