Burkina Faso: Foungou dans le Zoundwéogo - Elle vogue la pirogue motorisée de Diabré

interview

Il est Dr en Economie, fonctionnaire international pour avoir été directeur adjoint du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), ou encore chairman Afrique et Moyen-Orient pour la société AREVA ; plusieurs fois ministres et surtout président de l'Union pour le progrès et le changement (UPC). Devinez... c'est bel et bien Zéphirin Diabré. L'homme, gilet de sauvetage bien enfilé, a été aperçu, il y a quelques jours, sur une pirogue motorisée dans son village à Foungou, dans la province du Zoundwéogo. Concepteur et réalisateur de cette barque, il nous dit, dans cette interview, qu'il a été mu par deux motivations : la mobilité des populations dans ladite zone et le développement touristique.

Comme beaucoup d'hommes et de femmes politiques, du fait de la suspension des activités politiques, vous avez presque disparu des radars. On apprend que vous êtes installé en Afrique du Sud. Que faites-vous exactement au pays de Mandela ?

Non, je ne suis pas installé en Afrique du Sud. Je réside au Burkina. Mais du fait de mes activités professionnelles, j'effectue de longs séjours à l'étranger, en Afrique et hors d'Afrique. Dans ce cadre donc, il m'arrive d'aller en Afrique du Sud, comme dans bien d'autres pays.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

On vous a aperçu récemment sur une pirogue motorisée que vous auriez offerte aux populations du côté de Lenga. Dites-nous comment cette idée est-elle née ?

D'abord une précision : la scène dont vous parlez n'a pas eu lieu à Lenga, mais dans mon village à Foungou, dans le département de Gomboussougou. C'est la personne qui a ajoutéle commentaire écrit qui a fait la confusion.

Il y a deux motivations qui m'ont conduit à lancer ce projet : une liée à la mobilité des populations dans la zone et une autre, à un souci de développement touristique.Avant la création du barrage de Bagré, un certain nombre de villages de la zone, du côté du Boulgou comme du côté de Gomboussougou, se partageaient les deux rives du Nakambé. Les populations se rendaient visite en circulant sur la terre ferme, ou en traversant juste le fleuve. Par exemple, avant, pour venir de Lenga (dans le Boulgou) à Foungou (dans le Zoundwéogo), on traversait juste le Nakambé en pirogue, pour un trajet de 10 à 15 minutes. Mon village Foungou, se trouvait initialement à 15 km de Gomboussougou, au bord du cours d'eau. Je m'y suis baigné plusieurs fois quand j'étais adolescent, lorsque je partais voir mes grands-parents pendant les vacances. Et j'ai vu passer les populations dans les deux sens, pour faire leur marché, transporter des marchandises, se rendre des visites familiales, etc... le tout grâce aux pirogues artisanales. La construction du barrage de Bagré a modifié cette donne...

C'est-à-dire...

Le Nakambé a débordé sur une partie et provoqué des inondations. Un grand lac s'est formé dans notre zone, mais le fleuve a gardé ses dimensions anciennes dans la zone de Niaogho. Mon village, Foungou, a dûêtre déménagé parce qu'il se trouvait dans le lit du fleuve. Nous nous sommes réinstallés sur l'autre partie du village en amont, à 7 km de Gomboussougou.

La circulation ancienne qui existait n'est plus possible, surtout en hivernage. Aujourd'hui, pour aller de Lenga ou de Boussouma à n'importe quel village du département de Gomboussougou en cette période, il faut passer soit par Niaogho-Beguedo-Guiba-Manga-Gomboussougou, soit faire le trajet Garango- Tenkodogo- Bagré et revenir sur l'axe de Dindéogo. C'est très long. En saison sèche, il y a ici et là des chemins de terre ferme qui se dégagent, mais c'est une vraie gymnastique parce que c'est entrecoupé d'eau profonde.

Donc la première motivation, c'est de recréer cette mobilité ancienne et en faire un vecteur de raffermissement des liens sociaux, et de développement économique.La seconde motivation relève de la promotion touristique. Je me suis longtemps promené avec une pirogue sur le lac. J'ai été agréablement surpris par son immensité et par la beauté du panorama. Partant de Foungou, on peut naviguer agréablement soit vers Bagré, soit vers Niaogho. La nature est captivante. A certains endroits, des îles se sont constituées. Tout cela offre une grande possibilité d'activités de tourisme et de plaisance, ce qui du reste, est envisagé par la structure qui porte le projet.

Qui s'est chargée de la conception et de la réalisation de cette embarcation ?

C'est moi qui ait conçu la pirogue, en m'inspirant bien sûr, d'exemples que j'ai vus au cours de mes voyages. J'ai ensuite bénéficié de l'assistance d'un artisan expert en la matière, qui m'a été recommandé par des amis à l'extérieur. Ce dernier est venu travailler sur place à Foungou, assisté par des artisans locaux. Une deuxième pirogue est déjà en préparation toujours avec le même artisan.

A quoi elle est destinée exactement ? Le transport de personnes, la pêche ou tout autre utilisation ?

C'est destiné au transport de personnes, de marchandises ainsi qu'à des promenades de plaisance. La pêche ne fait pas partie des activités envisagées.

Quand est-ce que l'activité de transport va réellement commencer ?

Nous sommes en train de finaliser les formalités administratives. Quand tout sera prêt, ce que j'espère très rapidement, la pirogue entrera en service. Et le public en sera informé.

Concrètement, en quoi cela va changer la vie des populations locales ?

La mobilité est un élément important dans la vie des êtres humains. Son bénéfice est inestimable. Le premier c'est le raffermissement des liens sociaux. Ensuite il ya les inévitables retombées économiques. Les gens pourront venir de l'autre rive faire leur marché, acheter ou vendre des marchandises beaucoup plus facilement. Et puis si le tourisme se développe, si des gens viennent d'ailleurs pour se promener sur le lac, les conséquences économiques sont évidentes.

Quelles dispositions sont prises ou doivent être prises pour la maintenance et éviter les drames liés aux surcharges dont les pays africains sont si coutumiers ?

C'est une question très importante et un souci primordial pour moi.Pour la mise en place des équipements techniques (installation du moteur, dosage de l'huile et de l'essence, etc..) nous avons bénéficié de l'assistance technique d'experts du Burkina et d'un pays côtier. Ce sont eux qui sont venus faire les derniers réglages et la mise en eau. Et nous avons avec eux un partenariat qui va s'étaler sur le long terme. Cette pirogue a environ 30 places assisespour les passagers, le conducteur à l'arrière et le navigateur à l'avant qui indique la route. Nous lui avons affecté 30 gilets de sauvetage, du modèle de celui que je porte dans la vidéo. La consigne stricte c'est que toute personne qui se trouve à bord doit être habillé d'un gilet de sauvetage. Ainsi on ne peut jamais dépasser 30 personnes. Ensuite il y a des pagaies géantes à bord, au cas où, pour une raison ou une autre, le moteur tomberait en panne au milieu de l'eau. Enfin, ceux qui conduisent la pirogue sont des pécheurs expérimentés, qui sont nés et ont grandi sur place, et qui connaissent tous les recoins du lac et du Nakambé, de Niaogho à Bagré.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 80 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.