Afrique: Forum africain sur systèmes alimentaires - Un appel à placer les semences paysannes au coeur des politiques publiques

3 Septembre 2025

A l'occasion du Forum africain sur les systèmes alimentaires (AFSF 2025), le Centre de recherche International Society for horticultural Science a organisé un panel sur le thème : « les bénéfices multiples des espèces sous-utilisées pour la biodiversité alimentaire en Afrique », le mardi 2 septembre 2025, à Dakar, au Sénégal.

Les semences traditionnelles africaines occupent une place importante dans la biodiversité alimentaire et la résilience des populations africaines. Malheureusement, elles ne sont pas prises en compte dans les politiques publiques agricoles et alimentaires. Pire, certaines essences sont menacées de disparition. La problématique était au centre d'un panel organisé par le Centre de recherche International Society for horticultural Science sur le thème : « les bénéfices multiples des espèces sous-utilisées pour la biodiversité alimentaire en Afrique », le mardi 2 septembre 2025, à Dakar, au Sénégal, où se tient le Forum africain sur les systèmes alimentaires (AFSF 2025). Les échanges se sont déroulés sous la modération de Rémi Kahane, chercheur à CIRAD.

Selon la chercheure en génétique à l'Institut sénégalais de recherche agricoles (ISRA), Codou Gueye, les espèces négligées relèvent tous du système semencier paysan et constituent la majorité des espèces africaines, surtout les espèces horticoles. Elles souffrent d'un problème de reconnaissance, car elles ne sont pas prises en compte dans les réglementations nationales et régionales ; alors qu'elles sont gage de biodiversité, constituent un grand patrimoine génétique.

Pour le chargé de programme pour l'Afrique de l'Ouest à l'Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), Famara Diedhiou, l'agroécologie est la réponse à la problématique de la souveraineté semencière et alimentaire du continent ; elle offre plus de résilience aux populations. Pour preuve, lorsque les monocultures comme le riz, le blé etc. ne donnent pas, les communautés se réfèrent aux cultures endogènes pour se nourrir, a-t-il indiqué.

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Un patrimoine national se préserve

Pour lui, il faut nuancer le qualificatif de semences négligées, ou du moins identifier ceux qui les négligent, car ces semences traditionnelles ne sont pas négligées paour ceux qui les utilisent, à savoir les paysans. Au-delà de la production, a poursuivi M. Famara, l'agroécologie a une dimension politique qui veut que l'agriculture et les systèmes alimentaires africains ne soient pas sous le contrôle d'entreprises multinationales, mais plutôt par les populations qui doivent être en mesure de décider de ce qu'elles vont cultiver, manger. Sur le continent, il est des paysans et organisations paysannes qui oeuvrent au quotidien à la préservation de ces semences traditionnelles ; ils méritent d'être rémunérés, ou à défaut, d'être reconnus et valorisés par les pouvoirs publics, a suggéré M. Famara.

Car, comme stipulé dans les constitutions des pays africains, le patrimoine génétique fait partie du patrimoine national. Et un patrimoine national se conserve, avec la plus grande attention, a-t-il martelé. Le chargé de programme au Bureau régional de la FAO, Adin Bloukounon, a rappelé l'approche holistique que son organisation a de l'agroécologie, qui a une dimension économique, sociale et culturelle et repose sur des savoir-faire et connaissances endogènes créateurs de systèmes alimentaires durables. L'agroécologie a l'avantage de participer à l'optimisation des bénéfices écosystématiques et des ressources naturelles, car sa pratique repose sur la biodiversité.

Nécessaire retour aux sources

Il a déploré que l'Afrique abandonne ses pratiques agricoles durables pour s'adonner à celles propres à des écologies étrangères, alors qu'elle dispose d'un environnement écologique qui lui offre tout en termes de biodiversité. C'est pourquoi, il a appelé à ce que les semences locales africaines soient prises en compte dans le patrimoine culturel du continent.

Si depuis 19 ans qu'on organise ce forum, les choses ne changent pas, il y a lieu de revenir aux sources, aux modes de productions durables, a souligné M. Bloukounon. Pour le représentant du secteur privé, Moctar Fall, au-delà de la question alimentaire, les semences locales comportent un enjeu économique majeur, surtout dans un contexte d'ouverture de marché et de changement climatique. C'est pourquoi, leur contrôle ne doit pas échapper à l'Afrique.

En tout état de cause, il y a urgence à oeuvrer à sauver les semences paysannes, car c'est la survie du continent et sa présence sur la scène alimentaire internationale qui est en jeu. Si tout le monde est unanime qu'il y a urgence d'identifier, documenter, référencer les semences traditionnelles africaines et d'en créer des banques, il importe également de ne pas perdre de vue la question de l'autonomisation des paysans qui doivent avoir un pouvoir de contrôle sur ces semences, a souligné Famara Diedhiou.

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