Joseph Kabila est donc sorti du bois. Une dizaine de jours après le réquisitoire du procureur du tribunal militaire de Kinshasa, l'ancien chef d'Etat de la République démocratique du Congo a en effet brisé le silence.
Après 29 jours d'audience, le parquet a requis la peine de mort contre celui qui a dirigé le pays de janvier 2001 à janvier 2019. Trahison, complot, crimes de guerre, viols et apologie de crime, les charges contre lui sont lourdes et graves.
Ce procès par contumace fait suite aux nombreux faits et gestes de « petit Kabila » depuis quelque temps. Depuis son exil sud-africain, il a fait plusieurs sorties médiatiques où il éreintait son successeur, Félix Tshisekedi, dont la gouvernance serait catastrophique à ses yeux, sans jamais émettre la moindre critique contre l'AFC/M23, la nouvelle rébellion qui sévit dans l'est du pays depuis maintenant quatre ans.
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Alors que les principales villes, notamment Goma et Bukavu, sont successivement tombées aux mains des troupes de Corneille Nangaa, soutenues, comme on le sait, par Paul Kagame, le président rwandais, Joseph Kabila n'a pas trouvé mieux à faire que d'entamer une tournée politique dans ces zones. Chose qui laisse à penser qu'il est le véritable parrain de cette nouvelle rébellion. On comprend donc que, pour l'ensemble de son oeuvre, comme qui dirait, le parquet militaire ait requis une telle peine en l'absence de l'intéressé.
Les observateurs de la scène politique se demandaient quelle serait la réaction de celui-ci d'autant plus que, comme on le dit sur les bords de la lagune Ebrié, « cabri mort n'a pas peur du couteau ». Et c'est véritablement dans cette posture qu'il s'est exprimé : « La réconciliation ne viendra ni d'accords partiels, ni de procès sélectifs. Elle exige un vrai dialogue, avec toutes les parties prenantes autour de la table. Ce procès n'a rien à voir avec la justice. »
Après avoir, à son tour, instruit le procès de Félix Tshisekedi, Kabila exige un vrai dialogue avec toutes les parties prenantes autour de la table. Une proposition balayée du revers de la main par les partisans de Tshisekedi, pour qui il n'est pas question de s'asseoir à la même table que ces Congolais à la solde des voisins qu'il faut combattre jusqu'à la dernière énergie.
Plus que jamais, la guerre fait rage entre le fils du Mzee, qui a cédé son fauteuil au Fatshi après de petits arrangements à l'africaine - pour reprendre la méchante expression d'un ancien ministre français des Affaires étrangères -. Une guerre dans la guerre donc entre l'ex et l'actuel chef d'Etat, dont on ne peut prévoir véritablement l'issue.
Il faut attendre le verdict pour savoir si les juges suivront le parquet dans toutes ses prétentions. Mais, quoi qu'il en soit, une chose est de condamner l'incriminé Kabila, une autre est de mettre la main sur lui, puisqu'il nage maintenant comme un poisson dans l'eau dans cette partie occupée du territoire.