La Constitution de la 5ème République qui avait été promulguée le 6 mai 2024, ouvrant la voie à l’installation de Faure Gnassingbé comme nouveau Président du Conseil du Togo, à la faveur de son écrasante majorité au Parlement et au Sénat qui devaient l’élire, avait semblé régler la question subliminale posée à cette occasion, à savoir le maintien intact des pouvoirs d’État de Faure Gnassingbé.
Les plus optimistes, en effet, avaient pensé que Faure Gnassingbé avait ainsi un boulevard tracé devant lui pour exercer un magistère sans anicroche pour au moins une décennie, voire préparer sereinement sa succession.
Tout en effet semblait de prime abord conforter cette perception des choses. Mais c’était sans compter qu’en faisant basculer le Togo sous un régime parlementaire, il fallait mettre en place une nouvelle équipe, après la démission du gouvernement le 2 Mai 2025. La clameur de la contestation de l’opposition, qui rejetait cette autodévolution du pouvoir qui ne disait pas son nom, n’était pas encore retombée, qu’aussitôt une répression violente s’abattait sur l’opposition et une frange de la société civile, qui manifestaient contre ce changement constitutionnel.
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Aujourd’hui l’histoire semble bégayer, car après le passage en force de Faure, il lui reste maintenant à composer son gouvernement, et bien sûr à gouverner, car depuis le 3 mai, date de son installation, le Togo ne dispose pas encore de gouvernement.
Cela ne semble gêner ni le président, encore moins le gouvernement qui se contente d’expédier les affaires courantes. D’ailleurs l’un de ses ex-membres, à savoir celui de la fonction publique, ne semble pas s’en offusquer outre mesure, arguant que ça se voit ailleurs, lorgnant sans doute du côté de la Belgique, en sachant bien que la comparaison est très osée, et que les contextes politiques et institutionnels ne sont pas comparables.
Ainsi, un problème de fond risque de se poser dans les semaines à venir, et qui sait, risque de mener à un blocage institutionnel. En effet, on voit mal comment un gouvernement dit « intérimaire », qui expédie les affaires courantes, pourrait invoquer à la fois la légitimité de préparer le budget et de le faire voter par le Parlement ?
Au demeurant, le Parlement lui-même aurait du mal à fonder juridiquement le vote d’un budget présenté par un gouvernement démissionnaire. On dira toujours qu’il y a des dispositions (ordonnances) qui permettent à l’État de dégager des ressources à partir des prévisions de l’année antérieure, mais cela suppose que l’on soit en période de crise. Serait-ce donc un aveu de la part du pouvoir en place ?
A priori, le scénario probable auquel il faut s’attendre avec la pression de l’opposition sur le pouvoir, c'est que le Président du Conseil Faure Gnassingbé se décide à nommer au forceps son gouvernement, malgré les difficultés manifestes qui traversent son camp de l’UNIR et ses alliés.
Ce qui avait semblé être une simple formalité se retrouve aujourd’hui à être un véritable problème politique, qui risque, si on n’y prend garde, d’emporter la réforme constitutionnelle avant même qu’elle soit à l’œuvre.