En Ouganda, 35% des fonctionnaires publics ont payé pour décrocher leur emploi entre 2018 et 2022. C'est la conclusion d'un rapport de l'Inspection générale du gouvernement (IGG), rendu public le 20 août. Des pots-de-vin systématiques en échange d'un contrat de travail, en particulier dans les secteurs de l'éducation et de la santé, sont pointés du doigt.
En Ouganda, la corruption gangrène l'embauche dans la fonction publique. Selon un rapport de l'Inspection générale du gouvernement (IGG), 35% des recrutements locaux sont entachés de pots-de-vin, contre 25% au niveau central (ministères et agences). Pour Henry Muguzi, directeur exécutif de l'Alliance for Finance Monitoring, « les candidats déboursent entre 500 et 1 000 dollars (470 à 940 €) pour un poste dans un district, et jusqu'à 5 000 dollars (4 700 €) pour un emploi dans une agence nationale ».
Entre 2018 et 2022, les demandeurs d'emploi ont ainsi payé près de 29 milliards de shillings (environ 7,5 millions d'euros) en pots-de-vin, alors que les sommes réclamées s'élevaient à 78 milliards de shillings, soit près de 20 millions d'euros. Les montants varient selon le poste : jusqu'à 50 millions de shillings (12 800 euros) pour des fonctions de haut rang, contre 3 millions (770 euros) pour des emplois de base, comme infirmiers, auxiliaires ou instituteurs.
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Le secteur de l'éducation concentre la plus forte demande de pots-de-vin (36,9 milliards de shillings réclamés, soit 9,5 millions d'euros), tandis que la santé est celui où les candidats ont le plus payé (12,87 milliards, soit 3,3 millions d'euros).
« En Ouganda, tout s'achète »
Le rapport dénonce aussi des pratiques frauduleuses : falsification de diplômes, usurpation d'identité, publicités truquées, recrutements partiels ou localisés. Les pots-de-vin sont le plus souvent exigés dès l'étape de la présélection, et les membres des District Service Commissions (DSC) apparaissent comme les principaux responsables.
« Ces chiffres-là ne surprennent personne en Ouganda, explique Henry Muguzi, Ils sont sous-évalués. En réalité, on atteindrait les 40-50 %. Le recrutement basé sur le mérite n'existe plus. Les personnes obtiennent un emploi soit grâce à la corruption, soit grâce au népotisme. C'est la raison pour laquelle la plupart des institutions ne fonctionnent pas ».
Et de conclure : « En Ouganda, tout s'achète. La corruption concerne tout le monde ».
Le gouvernement sous pression
Confronté à la multiplication des scandales, le président Yoweri Museveni a promis d'agir, allant jusqu'à critiquer publiquement certains proches. Mais pour le directeur exécutif de l'Alliance for Finance Monitoring, le tournant arrive trop tard : « Le président commence à agir, mais je pense que c'est trop tard... »
De son côté, l'IGG plaide pour « l'automatisation des recrutements, afin de réduire les contacts directs entre candidats et recruteurs ». Une réforme qui s'ajoute aux appels croissants en faveur de la transparence, de la vigilance citoyenne et du recours aux technologies pour rétablir l'équité dans la fonction publique.