Ile Maurice: SENA - Un manque de transparence dénoncé dans la dernière nomination

2 Septembre 2025

Un vent de contestation souffle autour de la Special Education Needs Authority (SENA). Ali Jookhun, fondateur de l'organisme, président de l'African Down Syndrome Network et militant pour les droits des personnes en situation de handicap depuis 1993, dénonce un grave déficit de transparence dans la récente nomination de la nouvelle directrice.

Créée pour protéger et promouvoir les droits et l'inclusion des apprenants et des personnes en situation de handicap, la SENA est encore une institution jeune, en pleine construction. Pour son ancien membre du conseil d'administration, elle devrait donc reposer sur trois piliers essentiels : transparence, égalité des chances et bonne gouvernance. Ali Jookhun rappelle que la mise en place de l'institution, en 2019, avait nécessité de nombreux efforts. «Tout avait été fait dans la transparence», insiste-t-il.

Lors du recrutement du premier directeur, un processus strict avait été suivi : le board avait sollicité des instructions du ministère de l'Éducation concernant le scheme of service. Plusieurs candidats avaient postulé. La présélection avait été effectuée par un sous-comité des ressources humaines, présidé par un Deputy Permanent Secretary et composé de représentants du ministère ainsi que de membres du conseil. Après quelques débats, une candidature s'était imposée, reflétant selon lui «les meilleures pratiques en matière de transparence, de mérite et de redevabilité».

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Aujourd'hui, Ali Jookhun n'est plus au board, mais il continue de suivre de près les activités de la SENA. Et c'est la récente nomination de la nouvelle directrice qui l'inquiète. «Cette fois, il n'y a pas eu d'appel à candidatures public, pas d'entretien, pas d'évaluation transparente fondée sur le mérite.» Certes, le conseil d'administration est légalement constitué et la nomination a été formellement approuvée par le ministre, mais le militant souligne que le processus a manqué de rigueur et d'équité. Il met aussi en garde contre une interprétation trop large de la SENA Act, qui autorise le ministre à donner des directives générales dans l'intérêt public. «Ce pouvoir ne doit pas devenir un chèque en blanc permettant des nominations directes, au détriment de la transparence et de la méritocratie.»

Ali Jookhun évoque également un autre épisode troublant. Le 1eᣴ mai, deux employés en situation de handicap avaient été licenciés de la SENA, un geste qu'il juge à la fois «symbolique et alarmant». Après son intervention, le ministre est rapidement intervenu pour ordonner leur réintégration. «Cette correction était nécessaire, mais cet incident révèle la fragilité des employés face à des procédures de gouvernance floues.» Cela confirme l'urgence de renforcer les garde-fous institutionnels.

La réponse du ministère

Contacté pour réagir, le ministère de l'Éducation défend la nomination contestée. «Le conseil d'administration de la SENA et le Conseil des ministres ont approuvé cette nomination. C'est une personne disposant d'une longue expérience dans le domaine éducatif et de l'Early Childhood. De plus, le recrutement a été effectué selon les dispositions de la Special Education Needs Act de 2018, qui stipule qu'il y a un directeur nommé par le board, avec l'approbation du ministre.»

Pour Ali Jookhun, la question ne réside pas uniquement dans la légalité de la procédure, mais bien dans la manière dont elle a été conduite. «La SENA doit être un exemple d'inclusion et de bonne gouvernance. Si les principes de transparence et d'égalité ne sont pas respectés dès le départ, c'est toute la confiance dans l'institution qui s'effrite.» Alors que la SENA continue de tracer son chemin, la controverse rappelle que l'avenir des personnes en situation de handicap à Maurice repose aussi sur la crédibilité et l'intégrité des institutions censées les défendre.

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