New York, 6 septembre 2025 (SUNA) - Le Soudan, par l'intermédiaire de sa Mission permanente auprès des Nations Unies, a soumis au Conseil de sécurité une nouvelle plainte appuyée de preuves concernant l'implication directe des Émirats arabes unis (EAU) dans la guerre en cours au Soudan, notamment leur rôle dans le recrutement de mercenaires colombiens envoyés combattre aux côtés de la milice des Forces de soutien rapide (FSR).
Dans une lettre adressée au président du Conseil de sécurité, M. Kim Sangjin, l'ambassadeur soudanais auprès de l'ONU, Al-Harith Idriss, a affirmé que cette ingérence flagrante - qui a prolongé la guerre, détruit des infrastructures vitales et infligé d'immenses souffrances aux civils - constitue une violation grave de la souveraineté du Soudan, du droit international humanitaire, du droit international des droits de l'homme, ainsi que des résolutions contraignantes du Conseil de sécurité, notamment les résolutions 1591 (2005) et 2736 (2024). Il a ajouté que cette situation représente une menace directe pour la paix et la sécurité régionales.
Selon les preuves fournies, entre 350 et 380 mercenaires colombiens, principalement d'anciens soldats et officiers de l'armée colombienne, ont été recrutés via des sociétés de sécurité privées basées aux Émirats, dont Global Security Services Group (GSSG), présidée par l'émirati Mohammed Hamdan Al-Zaabi, et une agence pour des services internationales (A4SI), cofondée par le colonel colombien à la retraite Alvaro Quijano. Officiellement engagés sous prétexte de fournir des « services de sécurité », ces mercenaires ont en réalité envoyés au Soudan pour combattre directement aux côtés des milices de FSR, opérant sous la formation appelée les « Loups du désert ».
Selon les preuves recueillies, ils ont été transportés dvers les Émirats arabes unis des Bossasso (Somalie) puis Benghazi (Libye), sous la supervision d'officiers fidèles au général Khalifa Haftar, avant d'être acheminés par voie terrestre à travers le Tchad jusqu'au Soudan.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Le document indique qu'entre novembre 2024 et février 2025, pas moins de 248 vols totalisant 15 268 heures de vol ont été affrétés par les Émirats pour introduire clandestinement des mercenaires, des armes et du matériel militaire au Soudan - notamment vers Nyala, Al-Fasher et Hamrat Al-Sheikh. Un premier contingent de 172 mercenaires colombiens est arrivé à Al-Fasher en novembre 2024, suivi par d'autres déploiements. Leur présence a été particulièrement marquée au Darfour, où ils ont participé au siège et aux assauts contre Al-Fasher. Les mercenaires ont également pris part aux combats sur plusieurs autres théâtres d'opérations, notamment Khartoum, Omdurman, Al-Jazira, Nil Blanc, Sennar, Nil Bleu et Kordofan, utilisant drones, artillerie, blindés et s'engageant dans des affrontements directs.
L'envoyé soudanais a détaillé de graves violations commises par ces mercenaires, parmi lesquelles :
Exécutions extrajudiciaires : entre le 22 janvier et le 1er février 2025, 73 civils soudanais tués et 115 bâtiments civils détruits.
Recrutement d'enfants-soldats : formation directe d'enfants à l'usage des armes et au combat.
Utilisation d'armes interdites : un document opérationnel daté du 1er décembre 2024 confirme l'emploi du phosphore blanc, prohibé en zones civiles et constitutif de crime de guerre.
Pillage des ressources : contrebande d'or, de bétail et de gomme arabique via des entreprises émiratis.
Les preuves comprennent également un plan opérationnel détaillé élaboré par l'unité des « Loups du désert » pour assiéger Al-Fasher, avec cartes et coordonnées des positions des Forces armées soudanaises. Le président colombien Gustavo Petro a publiquement condamné la mort d'au moins 40 mercenaires colombiens au Soudan et a chargé son ambassadeur au Caire de mener une enquête.
Le document conclut que les Émirats arabes unis ont conduit une campagne systématique visant à saper la souveraineté du Soudan par le recours aux mercenaires, à prolonger la guerre, à provoquer d'immenses souffrances civiles et à déstabiliser la région.
Le Soudan a réitéré son accusation contre les Émirats, les désignant comme acteur principal responsable des massacres de civils soudanais, en violation flagrante du droit international, et les tenant juridiquement responsables de génocide et de crimes contre l'humanité. La plainte souligne également que la réserve formulée par les Émirats lors de leur adhésion à la Convention de 1948 sur le génocide témoigne de leur volonté d'échapper à toute responsabilité.
Ces mercenaires, a insisté le Soudan, sont des instruments d'une guerre par procuration orchestrée par les Émirats, en violation du droit international, de la Convention internationale de 1989 contre le recrutement de mercenaires, du Protocole additionnel I de 1977 aux Conventions de Genève, de la Convention de l'OUA de 1977, ainsi que du droit international coutumier.
La lettre souligne que la guerre au Soudan n'est pas un conflit interne, mais une guerre étrangère d'agression financée et dirigée par les Émirats, qui en sont les architectes directs.
L'ambassadeur Idriss a exhorté le Conseil de sécurité à diffuser la lettre et ses annexes comme document officiel, à lancer des enquêtes, à prononcer des condamnations, à traduire les responsables en justice, à désigner la milice FSR comme organisation terroriste, et à dénoncer les crimes commis par les Émirats contre le peuple soudanais.