Congo-Kinshasa: Les supplétifs deviennent-ils incontrôlables pour l'armée

L'actualité en République démocratique du Congo (RDC), particulièrement celle au front du conflit que les historiens appellent déjà la 3e guerre du Congo, est des plus instables. A chaque jour, chaque semaine, chaque mois son lot d'évènements qui complexifient davantage les antagonismes.

Sans verser dans un pessimisme fataliste, ce n'est pas demain la veille du règlement de cette crise qui meurtrit si durement l'Est de ce géant au pied d'argile.

La dernière patate chaude que le président Félix Tshisekedi doit gérer, ce sont les dissensions au sein des forces alliées qui combattent les rebelles du M23 et apparentés, parrainés par le Rwanda. La discorde la plus manifeste, ouvertement assumée dans des déclarations publiques met aux prises, les Forces armées de la RDC et la milice des Wazalendos. Le casus belli, la nomination du général Olivier Gasita au poste de commandant des opérations du renseignement militaire à Uvira dans le Sud-Kivu.

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Pour les Wazalendos, cet officier « est un agent double » qu'ils accusent d'avoir fourni des informations à l'ennemi qui avaient précipité la chute de la ville de Bukavu en février 2025. Au demeurant, le général Gasita avait échappé de peu à un assassinat et s'était réfugié quelque temps au Burundi. Il faut croire que son rappel à Kinshasa par la hiérarchie militaire, soutenue par le gouvernement, n'a pas convaincu tout le monde de son innocence. En effet, dès que sa nomination à la tête du renseignement militaire a été rendu publique, les Wazalendos se sont mutinés, dressant des barricades sur l'axe stratégique des échanges commerciaux entre la RDC et le Burundi. Ce mouvement d'humeur, soutenu par certaines organisations de la société civile par une grève et une opération ville morte de 3 jours, a fait, selon les sources, 3 morts, 3 blessés, et des incendies et autres actes de vandalisme sur des boutiques, particulièrement à Uvira.

C'est à croire que les Wazalendos ont pris de la bouteille au point d'oublier qu'ils sont des supplétifs des FARDC. On croise les doigts pour qu'ils ne deviennent pas une armée dans l'armée, à l'image de ce qui se passe actuellement au Soudan, où d'anciennes milices, les forces de soutien rapide, combattent l'armée régulière dans une nouvelle guerre civile qui accentue la partition du pays.

Alors le syndrome du monstre de Frankenstein, qui voit la créature s'en prendre à son maître au point de vouloir le dévorer, va-t-il prospérer en RDC ?

On n'est pas encore à ce scénario catastrophique mais le ton offensif du porte-parole de l'armée congolaise qui a qualifié les manifestations des Wazalendos de « manœuvre des ennemis de la République qui cherche à diviser les Congolais et surtout les Wazalendos aux FARDC », est un signe que les forces qui soutiennent le gouvernement Tshisekedi a de l'eau dans le gaz de leur cohésion. Il y a plus que des velléités d'influencer les décisions de la hiérarchie militaire des Wazalendos. C'est une volonté d'indépendance qui va jusqu'à une remise en cause des accords de paix difficilement obtenus à Doha puis à Washington, et la raison : il y est question d'un désarment de toutes les forces non régulières qui alimentent la guerre à l'Est de la RDC. Et si cette mutinerie n'était qu'un signe avant-coureur de miliciens qui redoutent la fin des haricots avec l'application des accords pour une paix globale dans le pays ?

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