La transition énergétique mondiale bouleverse la géopolitique des ressources. Les minéraux critiques tels que le cobalt, le lithium, le graphite, le manganèse et les terres rares sont devenus essentiels aux batteries, panneaux solaires et éoliennes. Avec près de 30 % des réserves mondiales, l’Afrique occupe une place centrale dans ce nouveau paysage.
Mais le continent reste piégé dans un modèle extractif où la valeur ajoutée est captée ailleurs. « L’Afrique peut rester simple fournisseur de matières premières ou devenir co-architecte d’une nouvelle économie énergétique mondiale juste », soulignent Marit Y. Kitaw, économiste à la CEA et ex-directrice par intérim du Centre africain de développement minier, et Landry Signé, chercheur principal à l’Initiative pour la croissance en Afrique.
L’accord signé en 2025 entre les États-Unis et l’Ukraine sur les minéraux critiques illustre à la fois les opportunités et les risques. Il prévoit exploration conjointe, respect de normes environnementales et financements américains, mais laisse la production à forte valeur ajoutée hors d’Ukraine. Pour les auteurs, l’Afrique doit en tirer une leçon : attirer capitaux et partenariats ne suffit pas sans politiques de transformation locale, transfert de technologies et renforcement des compétences.
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Des initiatives comme la Vision minière africaine (2009), la Stratégie africaine pour les minéraux verts et la ZLECAf offrent déjà un cadre. Elles prônent la création de chaînes de valeur régionale, un fonds de capital-risque pour les minéraux verts et l’adoption de codes géologiques panafricains (AMREC, PARC) afin d’accroître la transparence et le pouvoir de négociation.
La clé, insistent Kitaw et Signé, réside dans une gouvernance minière inclusive, une coopération régionale et un plaidoyer continental sur la scène mondiale pour garantir une transition énergétique équitable. Sans cela, le continent risque de reproduire les erreurs du passé et de rester en marge d’une transition qu’il alimente pourtant par ses ressources.