Un programme du Centre canadien de recherche pour le développement international (CRDI) célèbre cinq ans de collaborations fructueuses pour relever l'un des plus grands défis sanitaires mondiaux. Cette célébration s'inscrit dans le cadre d'un atelier international intitulé «Catalyser le changement pour des systèmes alimentaires sains et durables», qui se tient depuis hier à Saly-Portudal.
L'initiative vise à tracer une feuille de route pour la transformation des systèmes alimentaires en Afrique afin de garantir une alimentation saine et accessible. «Choisir une alimentation saine n'est pas facile. Ce n'est pas seulement une question d'accès à une nourriture saine et abordable, c'est aussi la concurrence des produits malsains qui pousse souvent le public vers des options plus pratiques, mais néfastes pour la santé», a déclaré Mme Madiha Ahmad, spécialiste de programme au CRDI, en introduction des discussions sur le «Triple fardeau de la nutrition». Ce phénomène global se caractérise par la coexistence de la carence en micronutriments, de la sous-nutrition et de la surnutrition (obésité).
Lors de cet atelier, qui réunit des chercheurs engagés sur cette problématique complexe, Mme Ahmad a insisté sur le fait que si les tendances négatives sont mondiales, les solutions doivent impérativement être locales et adaptées à chaque contexte national. «On ne peut pas comprendre le défi sans recherches. Les solutions sont spécifiques au pays, elles sont locales. C'est pour cette raison que nous avons commencé à travailler partout en Afrique, de l'Est à l'Ouest, au Sud», a-t-elle souligné, évoquant notamment les travaux menés avec des partenaires.
Lancé en 2020, ce programme mise sur l'expertise et le leadership des chercheurs africains sur le terrain. Cinq ans plus tard, le bilan est très positif. «Nous avons vu le travail de chaque pays s'améliorer de manière significative, non seulement grâce aux recherches menées localement, mais surtout via les collaborations et les coalitions qu'ils ont su établir», s'est réjouie Mme Madiha Ahmad.
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Elle attribue ce succès au «pouvoir» et au «leadership» des chercheurs africains, citant en exemple les progrès accomplis au Kenya, au Ghana et au Sénégal. L'originalité de l'approche réside dans sa volonté d'aller au-delà du cadre académique. Les chercheurs ne se contentent pas d'analyser le problème ; ils deviennent acteurs du changement. «Quand je parle des solutions et des coalitions, il ne s'agit pas seulement de chercheurs qui publient des articles. Ils bâtissent des alliances avec les décideurs politiques, le secteur privé et la société civile pour concevoir et mettre en oeuvre des interventions concrètes», a-t-elle insisté.
Cette initiative démontre que la lutte contre la malnutrition sous toutes ses formes nécessite une réponse multifacette, fondée sur des preuves scientifiques solides et portée par des coalitions nationales fortes. Alors que le programme entame sa sixième année, il sert de modèle pour montrer comment la recherche, quand elle est locale et collaborative, peut apporter des réponses durables aux enjeux de santé publique les plus pressants.
Au Sénégal, le Laboratoire de recherche en nutrition et alimentation humaine (LARNAH) de l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, dans le cadre du projet «Renforcer les actions politiques fondées sur des données probantes pour garantir un environnement et des régimes alimentaires sains et durables en Afrique de l'Ouest», est crédité de nombreuses réalisations.
Selon le Professeur Adama Diouf, Coordinatrice du projet REPER, «nous avons besoin de politiques alimentaires robustes et équitables pour garantir des choix alimentaires sains et durables». À ce titre, des plateformes sont mises en place au Sénégal pour appuyer l'élaboration et la mise en oeuvre de ces politiques alimentaires.
Le CRDI, quant à lui, est un organisme canadien qui finance et soutient des recherches innovantes dans les pays en développement afin d'apporter des solutions aux défis sociaux, économiques et environnementaux. Ce programme en Afrique illustre parfaitement l'impact d'une recherche ancrée localement et dirigée par les acteurs eux-mêmes.