Ethiopie: Barrage de la Renaissance en Ethiopie - Un projet pharaonique qui ne plaît pas... à l'Egypte

analyse

C'est la concrétisation d'un rêve vieux de plusieurs décennies, même si pour des contraintes de tous ordres, ce n'est qu'en 2011 que le chantier a vraiment commencé. Quatorze années plus tard, le Barrage de la Renaissance a été inauguré en grande pompe hier 9 septembre 2025.

Il s'agit d'un ouvrage gigantesque sur le Nil bleu, entre développement énergétique et tensions hydrogéopolitiques. En effet, sur le Nil bleu, l'Ethiopie a construit le Barrage de la Renaissance afin de répondre à ses immenses besoins énergétiques et assurer sa modernisation et son développement. Une grande réussite de toutes les populations éthiopiennes avec aux commandes le Premier ministre Abiy Ahmed.

C'est vraiment un projet gigantesque, un ouvrage de 145 m de hauteur et 1,8 km de long, qui possède une capacité de stockage de 74 à 79 milliards de m3 d'eau et une puissance installée de plus de 5 000 Mw. Ce barrage devrait permettre à l'Ethiopie de multiplier par trois sa capacité électrique, et aussi favoriser l'accès à l'électrification, notamment dans les zones rurales souvent délaissées, comme partout en Afrique. Cela permettra aussi au pays d'exporter l'énergie vers certains Etats voisins. L'Ethiopie ambitionne de ce fait d'être un hub électrique dans la Corne de l'Afrique.

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Mais comme il fallait s'y attendre, dès la naissance du projet, de grandes tensions sont nées avec l'Egypte et le Soudan. Le pays des Pharaons essentiellement s'opposait à la construction du grand Barrage de la Renaissance éthiopien, car il craint une réduction drastique du débit du Nil, dont il dépend à 97 % pour son approvisionnement en eau, son agriculture et sa production d'énergie.

Le pays redoute des pénuries d'eau, un impact sur sa sécurité alimentaire et une baisse de sa capacité de production d'électricité. L'absence d'un accord juridiquement contraignant sur le rythme de remplissage et d'exploitation du barrage alimente les inquiétudes égyptiennes, que le pays considère comme une menace existentielle.

Malgré donc les critiques, les menaces militaires proférées en son temps par Mohamed Morsi, le président intérimaire après la Révolution, rien n'y a fait. L'Ethiopie a poursuivi les travaux de construction de l'ouvrage, jusqu'à son inauguration hier mardi. En dépit de cette inauguration, le Caire ne désarme pas, même si on se demande bien de quel moyen le pays dispose pour changer la donne.

En réalité, ce n'est pas la première fois que la gestion de l'eau oppose deux pays. Presque partout sur la Terre, des conflits latents ont toujours existé entre pays riverains sur la question de l'intégration et de la ressource en eau, dont la gestion souvent devrait être pourtant soumise à des accords internationaux sur lesquels, hélas, bien des pays s'asseyent.

A l'inauguration d'hier, on notait d'ailleurs la présence d'Ismaïl Omar Guelleh, président de Djibouti, celles de Salva Kiir Mayardi, président du Soudan du Sud, du président somalien Hassan Sheikh Mohamud, du dirigeant kényan William Samoei Rutto, de Mia Amor Mottey, Première ministre de la Barbade, et de Russel Mmiso Dlamini, Premier ministre d'Eswatini.

Au-delà de tout cela, il y a les conséquences environnementales qui ne manquent jamais au cours de la réalisation de tels grands projets. Des considérations économiques et sociales ont toujours pris le pas sur ces préoccupations écologiques, qui parviennent très rarement à stopper l'élan des concepteurs, comme c'est le cas de l'Ethiopie actuellement.

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