Face à des centres vétustes, des programmes dépassés et un taux d'abandon inquiétant, la formation professionnelle traverse une zone de turbulences. Entre réformes urgentes à engager et coopération internationale à renforcer, le gouvernement mise sur un nouvel élan pour transformer un système fragilisé en véritable moteur d'emploi et de croissance.
«Le système de la formation professionnelle traverse une mauvaise passe», a déclaré, dimanche 7 septembre, le ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle, Riadh Chaoued, en se basant sur un récent diagnostic de la situation des centres de formation dans les différentes régions.
S'exprimant à l'ouverture de la Conférence nationale des économes rattachés à l'Agence tunisienne de la formation professionnelle (Atfp), organisée à l'Ariana, le ministre a mis l'accent sur la situation difficile que traverse l'Agence. Il a précisé qu'il ne s'agit pas de problèmes financiers, mais bien d'autres difficultés révélées par l'évaluation, appelant à des décisions rapides pour les surmonter.
Des infrastructures vétustes et des programmes à revoir
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Le ministre a reconnu que les centres de formation professionnelle souffrent de nombreux problèmes, liés notamment à la vétusté des équipements et à l'entretien insuffisant des bâtiments. Il a également souligné la nécessité de revoir les approches pédagogiques et d'actualiser les programmes de formation afin de mieux répondre aux besoins du marché.
Dans cette optique, le ministère envisage la création de nouvelles spécialités dans les centres situés dans les régions intérieures et l'amélioration des services destinés aux stagiaires.
12.000 emplois prévus dans la mécanique automobile
Selon le ministre, l'évaluation a montré que le phénomène d'abandon des stagiaires est souvent lié à la mauvaise qualité des services offerts par les centres. Il a donc insisté sur l'importance d'améliorer la qualité de vie des stagiaires et de développer des activités culturelles et sportives.
À ce titre, il a rappelé les accords conclus avec les ministères des Affaires culturelles et de la Jeunesse et des Sports afin de mobiliser des professeurs d'éducation physique et d'enrichir l'offre culturelle et sportive dans les établissements de formation.
Toujours selon Riadh Chaoued, le ministère oeuvre à créer 12.000 emplois pour les diplômés des centres spécialisés en mécanique automobile, grâce à des accords signés avec des entreprises actives dans le secteur des composants automobiles.
Une coopération étroite avec l'Union européenne
En marge de ces annonces, le ministre de l'Emploi a rencontré l'ambassadeur de l'Union européenne en Tunisie, Gilles Perron, afin d'évaluer les programmes et projets communs en cours dans le domaine de l'emploi et de la formation professionnelle.
À cette occasion, il a souligné l'importance de la coopération avec l'Union européenne, qui contribue au renforcement des capacités du système de formation et d'emploi.
Les deux parties ont discuté de l'avancement du programme «Soutien à la compétitivité des entreprises et à l'autonomisation économique par la création d'emplois» (CAP-Emploi), mené en partenariat avec la Banque africaine de développement. Ce projet vise notamment à développer les compétences, renforcer les opportunités d'emploi pour les demandeurs, encourager l'entrepreneuriat et structurer les activités du secteur informel.
Pour sa part, l'ambassadeur de l'Union européenne a salué les progrès notables réalisés dans la mise en oeuvre de ces programmes conjoints, réitérant l'engagement de l'UE à poursuivre son soutien.
Une volonté commune d'agir pour l'emploi des jeunes
Le ministre tunisien et l'ambassadeur européen ont convenu, à cet effet, de poursuivre la coordination et la collaboration afin d'améliorer l'employabilité des jeunes et de renforcer les capacités de l'économie nationale à générer croissance et emplois. Mais au-delà des intentions, c'est tout un modèle de réussite que la Tunisie est appelée à bâtir. L'expérience de pays développés, tels que l'Allemagne, démontre qu'une politique de formation professionnelle bien pensée peut transformer en profondeur le marché de l'emploi et offrir de réelles perspectives aux jeunes.
Pour la Tunisie, s'atteler à de tels partenaires ne relève pas seulement d'un appui technique, c'est une manière de s'inspirer de modèles qui ont déjà fait leurs preuves et de les adapter à ses réalités. C'est dans cette ouverture, dans cette capacité à apprendre des meilleures pratiques internationales, tout en tenant compte des spécificités nationales, que réside la chance pour le pays de rompre avec la spirale de l'abandon et du chômage des jeunes, et d'inscrire enfin son système de formation dans une dynamique porteuse d'avenir.
Changer de regard sur la formation professionnelle
En définitive, si la volonté politique est affichée, la question centrale demeure: la Tunisie saura-t-elle transformer la formation professionnelle en véritable levier d'employabilité et non en simple voie de repli pour les jeunes sortis du système scolaire classique ? Aujourd'hui, nombre de familles considèrent encore ces filières comme une option secondaire, loin d'être valorisée.
Or, dans plusieurs pays développés, à l'image toujours de l'Allemagne avec son système dual combinant apprentissage en entreprise et enseignement théorique, la formation professionnelle constitue une voie d'excellence, directement connectée aux besoins de l'économie.
Le défi est double : il faut moderniser les infrastructures et les programmes, mais également transformer l'image de la formation professionnelle aux yeux de la société. Cela implique d'attirer des jeunes motivés, de convaincre les entreprises de s'engager pleinement, et de bâtir une gouvernance capable de contourner les lenteurs administratives.
Sans cette transformation en profondeur, les réformes risquent de rester de simples déclarations d'intention, incapables de répondre à l'urgence du chômage et à la fuite des compétences. Il est donc essentiel que la société et les familles tunisiennes changent de regard sur la formation professionnelle. Elle ne doit plus être perçue comme une voie de secours, choisie après un échec dans le parcours scolaire classique.
Car la formation professionnelle n'est pas seulement une alternative, elle est une véritable voie d'avenir. Une voie capable de redonner espoir à une jeunesse en quête de dignité, et de fournir à la Tunisie les talents et les compétences dont le pays a désespérément besoin pour bâtir sa prospérité.