Ile Maurice: Du chaos à la transparence

11 Septembre 2025

Le système des permis de travail pour les étrangers montre ses limites. Lent, complexe et parfois inéquitable, il peine à répondre aux besoins du marché du travail et à protéger les droits des migrants. C'est ce que révèle le rapport du comité interministériel publié le 1er septembre par le ministère du Travail et des relations industrielles, qui propose une réforme complète pour moderniser les procédures, encadrer l'emploi des travailleurs étrangers et mieux concilier besoins économiques et droits humains.

Au 31 mars, environ 45 300 travailleurs étrangers étaient présents dans le pays, dont 89 % d'hommes et 11 % de femmes, issus de 79 nationalités. Les principales provenances sont l'Inde (36,9 %), le Népal (21,3 %), le Bangladesh (19,9 %) et Madagascar (17,1 %), tandis que de plus petits groupes viennent du Sri Lanka (1,5 %), du Kenya (0,9 %), de la France (0,45 %) et de la Chine (0,35 %). Ces travailleurs se concentrent dans plusieurs secteurs clés :

la manufacture (20 000 sur 83 000 employés, soit 75 % de la main-d'oeuvre des entreprises exportatrices), la construction (6 500, principalement d'Inde, de Chine et du Bangladesh), le tourisme et l'hôtellerie (2 850, surtout du Népal, du Bangladesh et de l'Inde), l'agriculture (1 500, notamment pour la coupe de canne, majoritairement de Madagascar et d'Inde) et les services domestiques (1 700, comme aides ménagères, cuisinières ou nounous).

Malgré les 35 800 Mauriciens officiellement au chômage en 2024, les employeurs signalent des difficultés à recruter localement, notamment pour les postes à horaires décalés, physiquement exigeants ou jugés peu attractifs.

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Le comité, mis en place en janvier et réuni à neuf reprises, recommande plusieurs mesures concrètes. Il suggère de supprimer la Permission in Principle, qui retarde les procédures d'environ un mois, et de remplacer le système de quotas par une approche fondée sur la preuve de l'échec du recrutement local.

Actuellement, les ratios varient selon les secteurs : un étranger pour trois locaux dans le tourisme, quatre pour un dans l'agroalimentaire, trois pour un dans l'imprimerie et un pour un dans le transport par autobus. Dorénavant, les employeurs devraient publier leurs offres sur la plateforme Mauritius Jobs et documenter leurs démarches auprès du National Employment Department avant de recourir à la main-d'oeuvre étrangère.

La durée maximale de séjour des travailleurs étrangers serait harmonisée à dix ans dans tous les secteurs, alors qu'elle est actuellement limitée à huit ans dans la construction et l'agriculture.Les frais de permis seraient ajustés selon la taille des entreprises afin de ne pas pénaliser les PME. Par ailleurs, chaque employeur verserait 500 roupies par an et par travailleur à un Migrant Workers Welfare Fund, destiné à couvrir les frais de subsistance et de justice des migrants en cas de litige.

La question du logement des travailleurs reste sensible. Au 31 juillet, 3 059 employeurs disposaient d'un Lodging Accommodation Permit valide, avec en moyenne 22 nouvelles demandes, 15 renouvellements et 25 permis délivrés par semaine. La majorité des dortoirs sont des maisons converties, souvent critiquées par les voisins pour le bruit et le manque d'hygiène.

Le rapport propose de délivrer ces permis aux propriétaires plutôt qu'aux employeurs, afin de faciliter la mutualisation des hébergements, et de créer des résidences centralisées pour expatriés. Un guichet unique au ministère du Travail devrait également centraliser toutes les démarches liées aux travailleurs étrangers, de la vérification des contrats à l'émission des permis et certificats.

Intégration dans les conventions collectives

Sur le plan numérique, le comité recommande de renforcer le National E-Licensing System. Toutes les demandes, y compris les certificats d'exemption et les transferts, devraient passer par cette plateforme, avec la possibilité de payer en ligne via Internet banking ou MauCAS. Le système permettrait la délivrance d'une carte unique de travail et de résidence avec QR code, simplifierait le suivi des dossiers et intégrerait un module d'intelligence artificielle capable de publier automatiquement les offres d'emploi locales et d'autoriser le recrutement étranger après deux semaines sans candidature.

Le rapport souligne également les inégalités de traitement. Dans la pratique, les migrants n'ont pas toujours les mêmes droits que les travailleurs locaux : les allocations repas pour heures supplémentaires ne leur sont pas systématiquement versées, ils n'ont pas droit aux 30 jours de congé après cinq années de service, ni au Transition Unemployment Benefit, ni à la contribution patronale au Portable Retirement Gratuity Fund.

Les conventions collectives ne s'appliquent pas toujours à eux, bien que la loi ne les exclue pas. Le comité recommande de supprimer ces dérogations, d'intégrer les migrants dans les conventions collectives et d'instaurer une indemnité de fin de contrat équivalente à quinze jours de salaire par année de service.

La lutte contre l'illégalité constitue un autre axe majeur. En janvier, 3 940 étrangers étaient en situation irrégulière, chiffre réduit à 1 412 après régularisations et départs. Parmi eux, 1 086 Bangladais ont été régularisés, ce qui pousse le comité à recommander la levée de la restriction imposée à ce pays et la reprise de leur recrutement dans des secteurs en pénurie comme la boulangerie, le textile et l'imprimerie.

En février, 2 528 migrants étaient portés disparus et 1 140 sommés de quitter le pays. Les infrastructures existantes, comme le centre de détention de Le Chaland, ne peuvent accueillir que 36 à 40 hommes, tandis que les femmes sont logées dans des commissariats faute d'abris adaptés. Le rapport recommande d'augmenter les capacités d'accueil et de créer un centre dédié aux femmes près de l'aéroport.

Le travail illégal sous visa touristique est également pointé du doigt. Certains visiteurs, malgré un billet retour valide, continuent à travailler après expiration de leur séjour. Le rapport propose des amendes fixes pour les employeurs fautifs, des opérations conjointes régulières entre le ministère du Travail et le Passport and Immigration Office, ainsi qu'un protocole d'échange d'informations pour mieux détecter ces cas.

Sur le plan international, le pays a déjà signé des protocoles d'accord avec l'Inde et le Népal, tandis que celui avec le Bangladesh attend ratification. Des discussions sont en cours avec le Ghana, Madagascar, le Malawi, le Lesotho et la Zambie pour encadrer un recrutement éthique et transparent et prévenir toute dérive vers la traite humaine.

Le ministère du Travail estime que la mise en œuvre de ces recommandations, avec la participation des syndicats, des employeurs et des autres ministères concernés, permettra non seulement d'accélérer les procédures et d'améliorer la transparence, mais aussi de mieux protéger les droits des travailleurs étrangers et de s'assurer que leur présence complète la main-d'oeuvre locale plutôt que de la concurrencer.

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