Ile Maurice: La FCC l'accuse d'avoir intimidé le comptable de son fils

11 Septembre 2025

L'aube s'est levée hier sur une capitale fébrile, marquée par une traque inhabituelle. Dès 2 heures du matin, les officiers de la Financial Crimes Commission (FCC) s'étaient mis en branle. Objectif : retrouver le surintendant de police Ashik Jagai, 57 ans, ancien patron de la défunte PHQ Special Striking Team (SST), déjà au coeur de l'affaire Reward Money.

Un communiqué publié à 1 heure du matin avait officialisé une rumeur qui s'était répandue comme une traînée de poudre : un avis de recherche contre l'officier suspendu, soupçonné d'avoir interféré avec un témoin dans une affaire de blanchiment visant son fils, Allysaheb Ashik Ameersaheb Jagai.

Dès l'aube, les abords du siège de la FCC à Réduit se sont transformés en zone d'attente. Journalistes, caméras et micros s'étaient massés derrière les grilles, guettant l'arrivée du policier.

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Il était 9 h 30 lorsque l'attente a pris fin. Dans un silence pesant, Ashik Jagai a franchi les grilles du bâtiment, accompagné de son avocat, Me Axel Bucktowar. Vêtu de noir, t-shirt et casquette «Boss», masque sanitaire en main, le SP affichait un visage fermé, presque impassible. Aux questions insistantes des journalistes sur une supposée violation de sa liberté conditionnelle, il n'a laissé qu'une seule phrase :«Il n'y a pas tout ça. Laissez l'enquête suivre son cours.»

Quelques heures plus tard, la tension a grimpé d'un cran : SP Jagai a été arrêté sous deux charges provisoires. Menotté, il a été escorté hors des locaux. Dans un geste révélateur, il a tenté de recouvrir ses poignets menottés, entravés, d'une veste, fuyant les flashs des photographes.

Selon la FCC, les faits reprochés se seraient produits entre le 3 et le 5 septembre. Le SP aurait contacté par téléphone le comptable de son fils, un témoin clé, afin de l'intimider et de l'amener à faire une déposition favorable à Allysaheb Jagai. Les enquêteurs soutiennent également qu'il a cherché à approcher des directeurs de compagnies liées à son fils. Parmi ces compagnies, l'on retrouve Nabsha Uclean Trading Ltd, EA Smart Choice Business Enterprise Ltd et Sigma Ziya Property & Development Ltd.

Deux charges provisoires ont été logées en cour :

  • Interférence avec un témoin potentiel (article 141(2) de la FCC Act)
  • Violation des conditions de remise en liberté (section 22(a)(iv) de la Bail Act).

Ashik Jagai a comparu en cour de PortLouis Sud, devant la magistrate Shaheen Inshirah Daureeawoo. Le représentant de la FCC, l'Ag Chief Investigating Officer, a soutenu que l'enquête était encore en cours: «Les premières auditions ont commencé le 5 septembre et se sont poursuivies vendredi dernier. Plusieurs témoins doivent encore être entendus. À ce stade, il est prématuré d'en prédire la durée.»

Le parquet a demandé son maintien en détention, invoquant un risque élevé d'ingérence. La défense, assurée par Me Axel Bucktowar, a sollicité sa remise en liberté, arguant que son client n'a «aucune intention de fuir» et coopère avec les autorités.

L'avocat a également formulé une requête: que son client soit placé seul dans une cellule équipée de caméras de vidéo surveillance (CCTV), invoquant des raisons de sécurité. La cour a accédé à cette demande.

La motion de libération sera débattue le 15 septembre à 10 h 30, alors que sa comparution dans cette affaire est prévue pour le 17 septembre. Il a été conduit à Alcatraz, aux Casernes centrales, pour sa détention.

Cette nouvelle arrestation intervient moins d'un mois après celle du 13 août, dans l'affaire Reward Money. La FCC soupçonne Jagai d'avoir recommandé plusieurs paiements irréguliers provenant de ce fonds initialement destiné à rémunérer les informateurs de la police.

Selon l'enquête, un trop-perçu de plus de Rs 86 millions aurait été déboursé, à travers des centaines de chèques validés en partie par Jagai. Il avait été inculpé pour abus d'autorité et complot criminel, avant d'être libéré le 2 septembre sous trois cautions de Rs 500 000, une reconnaissance de dette de Rs 2,5 millions, et des conditions strictes : interdiction de quitter le pays, obligation de se présenter régulièrement au poste de police, et surtout, interdiction absolue d'entrer en contact avec témoins et suspects.

C'est précisément cette condition cruciale que la FCC estime violée aujourd'hui.

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