Surtout depuis son retour du pays des cerisiers en fleurs et des samouraïs, Navin Ramgoolam réalise qu'il est des silences qui résonnent comme des abdications. Pour plusieurs raisons, notamment d'ordre administratif, Maurice s'est tue à deux reprises devant la Cour internationale de justice : en décembre 2024, lors des audiences sur les obligations climatiques, et le 1eᣴ mai 2025, lorsque 39 nations ont dénoncé les entraves humanitaires d'Israël.
Deux absences de parole, suivies d'un rattrapage tardif avec l'adhésion à la Déclaration de New York. Ramgoolam, qui a solidement repris son passeport diplomatique en main, sait qu'il doit désormais se rendre dans les pays et capitales qui comptent. Bientôt, ce sera l'Inde, qui, après un premier refus de sa part le jour même de la victoire de novembre 2024, s'attend à voir consolidées les relations indo-mauriciennes après les dix ans du règne Jugnauth.
Le Premier ministre mauricien est conscient qu'à trop vouloir ménager Washington, à trop calculer nos marges étroites entre Chagos, AGOA et tarifs douaniers, nous avons renoncé à ce qui a toujours fait notre force : la constance et la cohérence dans la défense des principes.
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Au même moment, à Tianjin, Xi Jinping a montré l'exact contraire. Le président chinois accueille Modi, Poutine et une vingtaine de dirigeants pour redessiner l'ordre mondial. Là où Maurice s'efface, Xi s'impose. Là où Port-Louis tergiverse, Pékin occupe le vide, parle haut et fort, tisse un récit alternatif. «Dans une course de cent navires, ceux qui rament le plus dur l'emportent», a lancé Xi. En clair : la Chine prend la barre.
Le contraste est brutal. D'un côté, Maurice, paralysée par la peur de perdre des avantages commerciaux, choisit le silence et se réduit au rôle de spectatrice. De l'autre, la Chine, qui assume d'être la voix du Sud global, dit tout haut ce que tant d'autres murmurent : assez de la morale sélective de l'Occident, place à une autre cohésion, fût-elle à géométrie variable.
Notre diplomatie a toujours trouvé sa légitimité dans la parole : sur les Chagos, sur le climat, sur la justice internationale. Aujourd'hui, elle s'en détourne au moment où elle est le plus nécessaire. Le silence à La Haye n'est pas neutre : c'est un choix. C'est laisser d'autres écrire les règles du droit international à notre place.
Xi, lui, occupe la scène. Il parle de stabilité, de multilatéralisme, de «gagnant-gagnant». Sa voix porte, même si elle masque ses propres contradictions. Maurice, en revanche, reste inaudible, persuadée qu'en se taisant - ou en parlant à demi-mot - elle évite le pire. Mais à force de prudence, nous perdons l'essentiel : le respect, l'écoute, la crédibilité.
La géopolitique est une bataille de récits. Xi l'a compris. Trump, avec ses droits de douane et ses humiliations diplomatiques, l'a compris aussi. Même Ramaphosa, en médiateur discret, l'a compris. Maurice, elle, a peut-être oublié que, dans le concert des nations, un petit État n'existe vraiment que s'il ose parler.
À Tianjin, la Chine trace son sillon. À La Haye et à Midrand, nous avons raté le nôtre. L'avenir ne pardonnera pas les silences répétés et les actes manqués. Dans un monde en recomposition, mieux vaut une voix claire qu'une prudence vide. Maurice doit retrouver le courage de dire. Sinon, nous ne serons plus qu'une virgule dans la phrase des autres.