Ile Maurice: Un retraité accuse une clinique de négligence médicale

12 Septembre 2025

«Je ne sais plus si on pourra sauver la main de mon épouse»

Dans la petite maison de la rue Pond Rouge, l'émotion est palpable. Nizam Ahmad Joghee, 66 ans, peine encore à trouver les mots pour décrire le cauchemar que son épouse et lui ont traversé ces derniers jours. Cette dernière se retrouve aujourd'hui la main bandée après une opération d'urgence. «Jeudi dernier, le 4 septembre, ma femme devait passer une IRM dans une clinique de la capitale», commence-t-il, la voix basse. «Le docteur de service lui a injecté un produit de contraste, soi-disant nécessaire pour l'examen. On ne s'attendait pas à ce qui allait suivre.»

De retour à la maison, Shereen Chamroo, 52 ans, se plaint d'une douleur à la main droite. Son mari remarque une enflure. «Je pensais que ça allait se dégonfler», raconte-t-il. Mais au fil des heures, l'inquiétude grandit. «Dans la nuit, sa main grossissait de plus en plus et était devenue dure comme une pierre.»

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Son mari l'emmène en urgence à la clinique. Un médecin la reçoit rapidement, mais son verdict laisse le couple perplexe. «Il lui a juste prescrit une crème et demandé d'appliquer des glaçons», se souvient-il. «Elle est rentrée à la maison, mais elle souffrait toujours d'atroces douleurs. Toute la nuit, elle n'a pas dormi, elle pleurait. Moi, je restais à côté, impuissant.»

Le diagnostic qui glace le sang

Le lendemain matin, il la ramène à nouveau à la clinique. Cette fois, le verdict diffère. «Elle a été consultée par un orthopédiste. Il m'a dit qu'il n'y avait pas de choix et qu'il fallait l'opérer d'urgence, car elle souffrait d'un acute compartment syndrome.» Ce terme médical, peu connu du grand public, décrit une complication grave : la pression dans un muscle devient si forte qu'elle coupe la circulation sanguine et peut entraîner la perte d'un membre.

«On m'a dit clairement que si j'avais attendu plus longtemps, ma femme aurait pu perdre sa main», dit-il d'une voix étranglée. Sans attendre, le chirurgien l'emmène au bloc. «Il a dû lui faire une fasciotomie, une grosse incision pour évacuer le sang accumulé», explique Joghee. Pendant qu'il patientait dans le couloir, le coeur serré, il savait que la vie de sa femme venait de basculer.

La victime reste hospitalisée plusieurs jours. Mercredi 10 septembre, elle sort enfin de la clinique, la main encore bandée, mais une question plane : pourra-t-elle en retrouver un usage normal ? Un détail interpelle le mari : «À sa sortie, elle n'a pas été facturée par la clinique, sûrement parce qu'ils savent qu'ils ont fauté.»

Dimanche, le retraité se rend au poste de police de Plaine-Verte pour déposer une plainte. Il dit vouloir aller jusqu'au bout : «Je vais poursuivre la clinique pour négligence médicale.» Mais derrière sa colère se cache surtout une angoisse viscérale. Dans un murmure, il avoue : «Je ne sais plus si on pourra sauver sa main ou pas.»

Aujourd'hui, dans cette maison de Plaine-Verte, les journées s'étirent entre pansements, médicaments et silence pesant. Le mari de Shereen, pensionné, n'a ni les moyens ni les réseaux pour affronter une grande institution médicale. Mais il est déterminé à se battre. «Ce n'est pas seulement pour ma femme», insiste-t-il. *«C'est pour toutes les familles qui confient leur santé aux cliniques et qui méritent d'être traitées avec sérieux.» *

La clinique reste silencieuse

Nous avons pris contact avec la clinique en question. La réceptionniste nous a indiqué dans un premier temps qu'elle allait nous transférer vers le chargé de communication. Quelques minutes plus tard, elle est revenue vers nous pour préciser que ce dernier était indisponible, mais qu'elle avait pris nos coordonnées pour un rappel ultérieur. À l'heure où nous mettions sous presse, le représentant de la clinique ne nous a toujours pas rappelés.

Dans le quartier, les voisins murmurent, choqués par cette histoire. À Plaine-Verte, la rumeur d'une négligence médicale résonne comme un avertissement. Pour Ahmad, c'est désormais une lutte à la fois intime et publique : sauver la main de sa femme... et obtenir justice.

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