Depuis des décennies, des arrêts de travail des concessionnaires sont devenus monnaie courante. Il est même arrivé qu'ils coïncident avec des fêtes qu'elles soient nationales ou religieuses. Cette mécanique, presque rituelle, n'a pas toujours résulté d'un hasard du calendrier mais elle traduit une stratégie de rappel à l'ordre adressée à l'État. En agitant le spectre de l'insalubrité, ces entreprises mettent en lumière la fragilité d'une politique publique qui fonctionne par à-coups, au gré des urgences.
Entre discours volontaristes et budgets figés
Les autorités de tous les régimes n'ont jamais manqué de déclarations grandiloquentes sur la modernisation du secteur. Dans les communiqués, la gestion des déchets est décrite comme une priorité nationale, adossée à des engagements internationaux, notamment ceux de l'Accord de Paris. Pourtant, la réalité budgétaire reste celle d'un financement irrégulier, marqué par des retards chroniques et des dettes accumulées. L'écart entre l'ambition affichée et les moyens mobilisés illustre la difficulté de l'État à concilier communication politique et gestion opérationnelle.
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L'accumulation de créances s'explique par l'extension progressive de la couverture territoriale. Des centaines de communes bénéficient désormais d'un service de collecte sous-traité, mais d'autres localités restent en marge, malgré le principe d'égalité des citoyens face au service public. À terme, la généralisation de cette couverture exigera non seulement des moyens supplémentaires, mais aussi la construction d'infrastructures modernes de traitement et de valorisation, indispensables pour respecter les engagements climatiques du Sénégal dans le cadre de l'Accord de Paris, notamment l'article 6 relatif à la réduction de l'empreinte carbone.
Les dettes accumulées, aujourd'hui estimées à 15 milliards, ne sont pas qu'un chiffre comptable. Elles traduisent l'incapacité structurelle du modèle actuel à assurer la régularité des paiements. Derrière chaque arriéré se profile une dépendance croissante des concessionnaires, fragilisés par des délais imprévisibles et forcés à des bras de fer cycliques.
Des structures qui se multiplient... et s'annulent
En réalité, le nettoiement est également traversé par des réformes multiples qui, loin de stabiliser le système, en révèlent l'instabilité. Les structures étatiques se succèdent ou se superposent : SONAGED (ex UCG), PROMOGED, dispositifs ministériels spécialisés (déchets industriels, biomédicaux...). Cette dynamique traduit surtout une fuite en avant. Les agences sont multipliées sans que les acquis ne soient consolidés.
A cela il faut ajouter les collectivités locales théoriquement compétentes depuis l'entrée en vigueur de l'Acte III de la Décentralisation en décembre 2013. Ce transfert de responsabilité n'a pas été accompagné de moyens financiers et techniques, renvoyant le pouvoir réel à l'État central, maître des ressources budgétaires. Le transfert de cette compétence devait être la pierre angulaire d'un nouveau modèle de gestion locale. Mais faute d'accompagnement financier et technique, les communes sont restées spectatrices, dotées d'une compétence théorique mais privées des leviers pour agir. Cette contradiction révèle l'ambiguïté de l'État, qui prêche la décentralisation tout en conservant le contrôle des cordons de la bourse
Loin d'apporter de la clarté, ce foisonnement d'agences, le transfert de compétence entretiennent une gouvernance éclatée où l'État reprend d'une main ce qu'il feignait de déléguer aux collectivités. Lui qui contrôle le financement reste l'arbitre ultime des contrats et, par ricochet, de la dette contractée envers les concessionnaires.
Les citoyens, acteurs oubliés
La taxe d'ordures ménagères (TOM) ne couvre aujourd'hui qu'une fraction du budget de la SONAGED, à peine 10 %, rendant illusoire son élargissement. Les autorités dit-on, hésitent à ouvrir le débat sur de nouvelles formes de contribution, craignant l'impopularité d'une fiscalité élargie. L'idée d'un prélèvement via l'eau, l'électricité ou même le mobile money a été régulièrement évoquée par le passé, mais demeure au stade des hypothèses. Là encore, le contraste est saisissant entre les discours sur la « participation citoyenne » et l'absence de mécanismes concrets.
Une question d'image et de souveraineté
À l'heure où Dakar s'apprête à accueillir les Jeux olympiques de la jeunesse, l'enjeu dépasse le seul cadre hygiénique. L'insalubrité est aussi une question d'image internationale et de crédibilité politique. Comment un pays peut-il se présenter comme modèle de résilience et de développement durable quand il peine à financer la collecte des déchets de ses villes ?
Quand le « set » devient politique
En définitive, la gestion des ordures n'est plus une question technique, mais un révélateur politique. Elle met à nu les contradictions d'un État qui proclame la modernité et l'efficience, mais qui demeure prisonnier d'arrangements conjoncturels et de dettes chroniques. En 2025, la propreté est un préalable à tout projet de société : Set si xel ley tambalé. C'est dans l'ordre et la propreté que se forge d'abord l'équilibre de la pensée et de l'action.
Et tant que cette vérité restera ignorée, l'« arlésienne » de la dette continuera de hanter gouvernants et citoyens.