Madagascar: Région Menabe - Connectée, mais toujours enclavée

Dans une récente allocution, la ministre du Développement numérique, des Postes et des Télécommunications, soulignait à juste titre que « la technologie numérique et les télécommunications améliorent et facilitent notre vie ». L'extension des réseaux téléphoniques dans les zones enclavées est un progrès indéniable. Mais si ces avancées sont à saluer, elles révèlent aussi les limites d'un modèle économique déséquilibré, dans lequel l'investissement massif dans les infrastructures numériques ne s'accompagne pas d'une politique cohérente de développement des infrastructures de base, notamment routières.

Le paradoxe des pylônes

Dans la région du Menabe, un vaste projet de déploiement de pylônes téléphoniques ultra ruraux a été lancé. Ces équipements symbolisent l'entrée de territoires longtemps isolés dans l'ère numérique, offrant un accès inédit aux communications et aux services en ligne. Mais ce bond technologique contraste fortement avec l'état des routes, qui continuent de se dégrader. Ces pylônes, érigés au milieu de paysages coupés du reste du pays, deviennent ainsi le symbole paradoxal d'un territoire connecté, mais toujours inaccessible.

L'oubli criant des routes

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Pendant que l'on érige des pylônes, les routes, elles, se délitent dans l'indifférence. La RN34, axe stratégique entre Antananarivo et Morondava via Miandrivazo, est dans un état alarmant : sur près de 80 km autour de Miandrivazo, la route est quasi impraticable, obligeant les voyageurs à de longues haltes, notamment pour des raisons de sécurité liées aux attaques de dahalo. Le trajet entre Tana et Morondava peut désormais durer jusqu'à 17 heures. La situation est encore plus critique sur la RN8, qui relie Morondava aux célèbres Tsingy de Bemaraha.

Cette route est impraticable pendant 4 à 6 mois de l'année, en raison de la saison des pluies. Ponts et radiers sont délabrés, certains tronçons disparaissent sous les eaux, rendant tout passage impossible. Et pourtant, cette même RN8 traverse l'un des sites les plus emblématiques du pays : la célèbre Allée des Baobabs, véritable trésor touristique national.

Une région à bout de souffle

L'enclavement progressif de la région Menabe a des conséquences économiques désastreuses. Le tourisme, d'abord, souffre directement de l'inaccessibilité du territoire, malgré ses attraits majeurs. Mais d'autres activités sont également asphyxiées.

La production de sel de mer, à la fois artisanale et industrielle, dépend fortement des voies de transport pour acheminer ses produits. L'agriculture locale, notamment la culture des arachides, peine elle aussi à écouler sa production, enfermée dans un réseau logistique inexistant. Ainsi, alors que les communications traversent désormais les airs, les biens et les services, eux, restent prisonniers de la boue et de l'isolement.

Un développement cohérent

La mise en place d'infrastructures numériques est un levier de modernisation, mais elle ne peut pas faire illusion : que vaut une couverture mobile optimale si les populations et les biens ne peuvent pas circuler ? Il est urgent d'adopter une vision intégrée du développement, dans laquelle routes, numérique, éducation, santé et économie locale avancent ensemble. Car connecter les territoires sans les désenclaver, c'est leur promettre le monde tout en les y laissant à l'écart.

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