Tunisie: Ouverture de la 32e Université d'été, à Hammamet - Quel modèle de développement veut-on ?

14 Septembre 2025

C'était, avant-hier, vendredi 12 septembre, que l'Université d'été a ouvert ses travaux, à Hammamet, dans une nouvelle édition, la 32e, dont la Fondation Mohamed Ali Hammi, en collaboration avec la Cgtt (Confédération générale tunisienne du travail) et le Mosc (Mouvement social citoyen), perpétue la tradition de sa tenue annuellement.

Dédiée à la mémoire de Pr Hassine Dimassi, ancien ministre, économiste et fidèle compagnon de route dans l'intellectuel collectif de ladite Fondation, cette édition a focalisé, cette fois-ci, son choix sur un thème aussi brûlant que le fait de «Penser autrement le développement dans un contexte régional et international instable et en pleine mutation».

Soit, il est utile de regarder dans le rétroviseur du passé, retenir les leçons, mieux cerner les défis du présent, afin de tracer les contours de l'avenir. S'invite, alors, à ce débat fort enrichissant un aréopage d'intervenants chevronnés, ayant tout remis sur le tapis.

Où en on est et où va-t-on ?

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Ainsi, tous les sujets si chauds de l'étape actuelle liés à cette question de portée politique, socioéconomique, géostratégique et environnementale ont dû remuer le couteau dans la plaie, en faisant remonter à la surface nos choix de développement adoptés, au fil du temps, depuis l'indépendance de la Tunisie. Et la lecture analytique et critique avancée par la tribune avait, vivement, galvanisé la salle et stimulé les réflexions sur de quoi sera fait demain.

Justement, l'ultime objectif d'un tel conclave de têtes bien faites consiste essentiellement à savoir où l'on est et jusqu'où on peut aller, à pas sûrs sur la bonne voie.

Il semble peu philosophique, mais c'est aussi rationnel pour savoir où mettre les pieds et comment se positionner par rapport à ce nouvel ordre mondial marqué par la montée du géant asiatique qu'est la Chine, l'émergence de nouvelles alliances économiques, avec une forte probabilité de voir, prochainement, naître un monde multipolaire.

On s'en tient, ici, à la donne géostratégique qui pourrait tout chambouler. Certes, pas dans l'immédiat, mais pas, non plus, dans un avenir lointain. Et c'est dans cette optique que l'on s'arrête, aujourd'hui, sur les mauvais choix qui nous ont traînés, des décennies durant, dans des tensions sociales et des crises économiques successives.

Convaincue de tous ces défis, la Fondation Mohamed Ali El Hammi voudrait ainsi mettre la question du développement sous les projecteurs, de par sa position de think tank associatif. Sa représentante, Imène Bouassida, une de ses disciples, où elle a été déjà formée, l'a présentée à sa façon :

« C'est elle qui m'a appris le sens du leadership associatif, alors que j'étais présidente de la Jeune chambre internationale d'El Menzah. C'est une grande école de formation qui défend les valeurs de citoyenneté et oeuvre pour la promotion du capital humain. Le MOSC en est, d'ailleurs, un de ses acquis ».

Ceci étant dans l'espoir de voir tout plan quinquennal de développement national prendre corps et répondre à nos soucis majeurs, dans un climat d'équité sociale et de répartition judicieuse des fruits de la croissance. Prenant la parole, Habib Guiza, secrétaire général de la Cgtt et président de la Fondation Mohamed Ali El Hammi, est revenu sur l'idée de penser autrement le développement, mais aussi la portée de relire l'Histoire, notamment celle du Mouvement syndical national.

D'ailleurs son nouveau livre « Genèse et mutations du syndicalisme tunisien : une approche prospective », encore sous presse, propose une nouvelle lecture de l'Histoire syndicale en Tunisie. «Il est temps de voir grand et prévoir juste l'avenir, à partir de notre réalité actuelle. Nous avons des élites et des jeunes compétences qui, si volonté il y a, sont en mesure de faire beaucoup mieux», ajoute-t-il.

Sortir des fausses pistes

Quel modèle de développement veut-on ? Lequel est-il censé nous fournir les moyens de nos attentes et ambitions ? Et là, Mouldi Lahmar, sociologue, s'est focalisé sur « l'épistémologie du concept du développement autrement » tel qu'il a été assimilé par nos élites et décideurs politiques depuis l'indépendance.

Il se réfère, ici, à une approche qui remet en question les modèles traditionnels, souvent jugés perdants, en mettant l'accent sur des alternatives plus durables, équitables et respectueuses de l'environnement. Mais « pour penser autrement, il faut se penser autrement. Cela veut dire prendre distance par rapport aux conceptions socioculturelles, économiques et géostratégiques qui ont fait notre conscience de nous-mêmes, à l'aide de représentations que nous n'avons pas authentiquement produites.

Lesquelles furent construites dans un contexte de domination extérieure dont nous sommes toujours l'objet, et qui nous coupent mentalement et matériellement de notre propre histoire. L'exemple le plus frappant montrant la manière dont notre conscience politique et économique -et je dirais notre aliénation par rapport à nos intérêts historiquement établis- évoque ce contexte de domination ».

Selon son avis, « pour construire son propre avenir, il faut donc repenser, de l'intérieur, le modèle économique hérité. Bref, il faut repenser de façon critique l'Etat, l'économie et la société dans une perspective d'émancipation économique et culturelle basée sur la révision de nos rapports historiques socioéconomiques et cognitifs avec l'héritage colonial », s'exprime-t-il, recommandant de sortir des sentiers battus, empruntant à son collègue Mohamed Hedi Zaied, économiste, l'expression qualificative « fausses pistes».

Ce dernier semble lui avoir emboîté le pas, en enchainant la réflexion toujours sur le fait de « penser le développement autrement ». D'emblée, il a explicité la différence entre « développement » et « croissance », indiquant que le premier est le reflet du second, soit la réalité socio-économique tangible telle que traduite par des taux et indicateurs d'évolution réalisés.

Et pour mieux faire comprendre sa thèse, il a souligné la confrontation de deux écoles de pensée : « Les « solutionnistes » considèrent que les progrès technologiques apporteront les solutions, tandis que les partisans de la « décroissance » ou de la « croissance autrement » prônent une révision de notre mode de vie et notre modèle de consommation ». Il a fini par dire que « la scène est surtout dominée par les premiers, et les seconds font encore figure de « curiosités ».

Hier, samedi, les travaux se sont poursuivis, avec deux panels : les enjeux économiques, environnementaux et géopolitiques comme leviers du développement », ainsi que « penser le développement local autrement et relecture de la mémoire collective nationale, en rompant avec l'héritage culturel colonial ».

Et là, le nouvel ordre mondial, les défis climatiques, l'économie sociale et solidaire, l'emportent sur la vision classique des choses et l'attachement à des idées et conceptions aussi figées. Aujourd'hui, clôture de la 32e session de l'Université d'été, tout en pensant à la suivante, d'ici l'été prochain.

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