Guinée: Appel au boycott du référendum constitutionnel - Quand Cellou Dalein Diallo prêche dans un désert démocratique

Autre lieu devenu bureau de vote: l'école Simbaya 1, dans la commune de Ratoma. (ARCHIVES)
analyse

Dimanche prochain, 21 septembre 2025, les Guinéens seront appelés aux urnes dans le cadre d'un référendum constitutionnel. Ils devront donc à travers les urnes se prononcer soit en faveur d'une nouvelle Constitution, pensée et voulue par l'actuel homme fort du pays, le général Mahamady Doumbouya, ou a contrario, rejeter le nouveau texte.

Parlant de référendum constitutionnel dans le pays de Sékou Touré, difficile de ne pas revisiter l'histoire politique de cette nation qui fut la seule en Afrique occidentale française (AOF), à dire non à la Communauté que proposait la Métropole à ses possessions ouest-africaines.

En effet, le 28 septembre 1958, sous l'égide de Sékou Touré, les Guinéens ont bruyamment dit non à l'offre du général De Gaulle, avec 95% de non. Soixante-sept ans après cet événement qui déterminera pendant longtemps le destin du pays, les Guinéens ont encore rendez-vous avec un autre référendum qui aura lui aussi un grand impact sur leur destinée.

Après son avènement au pouvoir par un coup d'Etat, en septembre 2021, le général Mahamady Doumbouya veut doter ses compatriotes d'une nouvelle Loi fondamentale. Entre autres réformes en vue, la durée du mandat présidentielle prévue pour passer de 5 à 7 ans renouvelable une seule fois, l'institution d'une Cour spéciale de justice de la République.

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Aux Guinéens donc de se prononcer à travers les urnes sur ce cadeau de l'ancien légionnaire français. Se prononcer ? C'est bien là un gros mot, quand on connaît la chape de plomb à laquelle ils sont confrontés actuellement : musellement des médias, enlèvement d'activistes de la société civile, répression d'opposants et suppression de partis politiques.

C'est dans ce climat de terreur que se déroule la campagne où les partisans du oui sont les seuls visibles sur le terrain. Tambour battant, ils sillonnent tout le pays avec la bénédiction du pouvoir, qui n'a pas lésiné sur les moyens, afin que la volonté du général Doumbouya soit faite au lendemain de ce vote constitutionnel.

C'est aussi dans ce contexte de vacarme pour le oui qu'une des rares voix dissonantes se fait entendre. Il s'agit de Cellou Dalein Diallo, président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), aujourd'hui en exil.

En effet, il a invité les Guinéens et les Guinéennes à ne pas se rendre aux urnes dimanche prochain : « Restez chez-vous, car même si vous votez non, votre vote sera compté comme oui ».

Difficile de dire que cet appel, même venu de loin ne sera pas entendu par bon nombre de Guinéens qui suspectent le général Mahamady Doumbouya de vouloir se présenter à la prochaine présidentielle, manquant ainsi à sa parole donnée de rendre le pouvoir aux civils à la fin de la Transition.

Mais une chose est sûre, quel que soit le taux de participation au scrutin à venir, la nouvelle Constitution passera comme une lettre à la poste, ouvrant ainsi un boulevard au « Colosse de Conakry », pour légitimer plus tard son pouvoir.

En un mot comme en mille, Cellou Dalein Diallo aura prêché dans un désert démocratique qu'est devenue la Guinée.

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