Un hectare de vignes a été mis en terre le lundi 15 septembre, chez Agrïa, à Bel-Ombre. Une superficie qui passera à 15 hectares. Il faut patienter trois ans pour les vendanges, en 2028. Les premières bouteilles de vin, conçues grâce à l'expertise du Domaine de Montille, en Bourgogne, seront prêtes à boire l'année suivante.
«Dans l'agriculture, tout est possible». Affirmation de Thierry Sauzier, Chief Executive Officer d'Agrïa, filiale d'ER Group. Direction une parcelle sur les hauteurs de Bel-Ombre où des ceps ont été mis en terre.
C'était le lundi 15 septembre, en présence du ministre de l'Agro-industrie, Arvin Boolell, et du junior minister Fabrice David. La parcelle a une vue imprenable sur la mer. Dépaysement garanti pour les ceps venus d'une pépinière des Pays de La Loire en France. Sur les conseils avisés d'Etienne de Montille, du Domaine de Montille, le vignoble de Bourgogne, associé à ce projet.
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Pas question de planter du béton, ni «des letchis en Alaska», ironise Thierry Sauzier. Mais de «choisir des activités agricoles pérennes», dans un contexte où la canne, c'est fini à Bel-Ombre. L'usine sucrière a fermé, il y a déjà 26 ans, en 1999. La dernière récolte de cannes a eu lieu en 2022. La question essentielle : «quel développement durable pour ce terroir ?». En tenant compte du «savoir-faire et du marché».
Investissement initial : «pour l'instant minimum», indique le CEO d'Agrïa, qui comprend pourtant les déplacements d'experts. Il cite «Rs 400 millions sur cinq ans», en comptant la main d'oeuvre déjà existante, pour le premier hectare de vignes dans la première phase du projet. Quand l'exploitation passera à 15 hectares, il y aura la création d'emplois estimée à «10 à 15 personnes». À terme, il y aura aussi la construction d'un chai pour la vinification.
En amont, plusieurs experts géologues et agronomes français se sont penchés sur la terre de Bel-Ombre et son «potentiel en argile». Ils ont aussi étudié le climat de cette partie Sud-Ouest de l'île. La première vendange de raisins est prévue dans trois ans, en 2028. Une production «d'environ 80 000 bouteilles de vin par an» est attendue. Elles seront destinées au marché local, notamment au secteur touristique, avant une éventuelle ouverture à l'exportation. Comment s'appellera le vin de Bel-Ombre ? Thierry Sauzier indique que l'appellation n'a pas encore été choisie.
Les ceps proviennent d'une pépinière des Pays de la Loire.
L'association avec le Domaine de Montille n'est pas fruit du hasard. Etienne de Montille a non seulement cité son collègue et ses amis mauriciens mais aussi son «aïeul, Izoard de Montille, dit la Courtine, lieutenant d'artillerie, qui a débarqué à l'île de France en 1788 et qui a participé à la bataille de Grand-Port». Une fois l'idée de faire «fleurir les bons vins à Maurice» émise, il a étudié des vignobles tropicaux, au Brésil et en Thaïlande, celui de Cilaos à La Réunion et Rangiroa à Tahiti. «Seule la qualité m'intéresse.»
Après l'analyse des sols est venue l'étape de la recherche des cépages appropriés avec Nicolas Valentinuzzi, chef de culture du Domaine de Montille en Bourgogne. Chenin blanc, cabernet franc, Touriga nacional (un cépage portuguais) ont été mis en terre. Ce sont «5 000 premiers plants» qui ont passé la quarantaine, pour s'acclimater à Bel-Ombre.
Les premières bouteilles seront prêtes «un an après» la récolte inaugurale de 2028. Ce sera «du blanc, du rosé, peut-être un rouge, qui est plus difficile à produire». Etienne de Montille souligne que la future production de Bel-Ombre «n'aura rien à envier aux autres vins provenant de régions viticoles connues comme l'Italie, la France, l'Afrique du Sud, qui sont disponibles ici».
Le Domaine de Montille a été fondé par ses ancêtres en 1733 en Bourgogne. C'est 35 hectares de vignes «cultivées en bio depuis 30 ans et en bio dynamique depuis 20 ans». Le domaine produit environ «180 000 bouteilles exportées dans 40 pays ». Le Domaine de Montille c'est «les premiers vignerons bourguignons à s'être expatriés à Santa Barbara en Californie. Ils ont aussi planté une vigne sur l'île d'Hokkaido au Japon.»
Plantation de vignes : Deux échecs précédents
Les recherches d'archives dans le cadre du projet d'Agrïa montrent l'échec des deux tentatives précédentes de culture de la vigne, indique Etienne de Montille. L'une remonte au 17e siècle, au temps de la colonisation hollandaise. «Nous savons qu'ils avaient essayé mais nous ne savons pas quelles variétés ont été plantées. Est-ce qu'ils faisaient cela pour les vins de messe ?», se demande Etienne de Montille. Les détails manquent.
L'autre tentative date des années 1990 à Savannah, terres qui font partie d'Agrïa. «Nous avons discuté avec le responsable de l'époque, qui nous a fourni beaucoup de données. La vigne poussait, c'est l'expertise et les équipements pour faire du vin qui manquaient».
Il faudra aussi tenir compte des maladies, «que nous ne connaissons peut-être pas encore» et des changements climatiques. «Cela confirme l'ampleur du défi technique et scientifique, qui nous attend.» En s'appuyant sur la «progression considérable des connaissances scientifiques, tant sur la viticulture que l'oenologie, ces 30 dernières années». La mission du Domaine de Montille, en plus de l'expertise technique, est de former des locaux à la vinification.
Cultures durables : Le pari du café, du palmiste, de l'ananas et du gazon
Respecter la «biologie des sols» et ne pas abandonner les terres. La diversification pour Agrïa a pris la forme de plusieurs «cultures innovantes», explique Thierry Sauzier. Il y a :
· Le café Chamarel, avec une production de trois tonnes par an. Un café désormais reconnu comme un «café de spécialité, c'est-à-dire, un café extrêmement rare puisque seuls 7 % des 10 millions de tonnes de café produites par an sont qualifiées dans la catégorie de café de spécialité.»
· Le palmiste, «un symbole reconnu de la gastronomie locale, avec 25 000 palmistes par an.»
· Les ananas qui sont produits pour l'exportation, qui «rayonnent sur le marché de Rungis à Paris».
· Le gazon en plaque.