C'est un gros poisson que la police togolaise a pris dans ses filets il y a 2 jours. Elle a mis aux arrêts dans la matinée du 17 courant, Mme Marguerite Gnakadé, ex-ministre des Armées de 2020 à 2022, par ailleurs belle-soeur du président Faure Gnassingbé, veuve de son frère aîné, Ernest Essonam Gnassingbé, décédé en novembre 2009.
Cette arrestation opérée à la suite d'une descente d'une douzaine de policiers au domicile de l'ex-ministre a été précédée d'une perquisition minutieuse dudit lieu.
Selon plusieurs sources proches de Mme Gnakadé, les policiers auraient agi sans mandat, bien qu'ils aient invoqué des raisons de sûreté de l'Etat. Au moment où nous mettions sous presse, aucun communiqué officiel des autorités togolaises n'avait confirmé cette interpellation ni si la perquisition avait apporté des preuves compromettantes pour celle qui semble être en rupture de ban et avec le régime et avec la famille Gnassingbé.
En tout cas, elle était devenue très critique du système qu'elle a longtemps servi, surtout après la réforme constitutionnelle qui, par un tour de passe-passe juridique, a prolongé le bail de Faure Gnassingbé au palais présidentiel. D'autres voix se sont jointes à celle de l'ex-ministre des Armées, notamment celle du musicien rappeur Aamron, volant la vedette aux responsables des partis d'opposition classique.
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Des querelles de la famille Gnassingbé débordent-elles sur l'échiquier politique national ? En tout cas le rappeur est également un parent (cousin, neveu ?) plus ou moins proche du président Gnassingbé. Il avait aussi été interpellé et gardé à vue dans une clinique psychiatrique pendant une dizaine de jours, fin juillet 2025. Il avait par la suite présenté publiquement des excuses au président Faure avant une « rechute », joignant sa voix à celle de Mme Gnakadé pour encore dénoncer la faillite du régime Gnassingbé.
Mais peut-on prendre ces opposants de la 25e heure au sérieux même si, selon le proverbe, « on n'est jamais mieux trahi que par les siens » ? En tout cas depuis la mort de Gnassingbé père, la cohésion n'est pas des meilleures dans la nombreuse fratrie. L'arrestation de l'ex-ministre et belle-soeur confirme que le président Faure doit surveiller et ses arrières et ses à côtés s'il veut réussir les grandes réformes institutionnelles au Togo en chantier depuis mars 2024.
En effet, depuis la promulgation de la Constitution de la VIe République qui a instauré au Togo un régime parlementaire, remis les compteurs des mandats présidentiels à zéro, confirmant le magister du président Faure à la tête de l'Etat, l'opposition togolaise a multiplié ses dénonciations de la patrimonialisation du pouvoir.
En rappel, avant l'arrestation de l'ex-ministre des Armées, de violentes manifestations avaient éclaté à Lomé, et dans d'autres localités, occasionnant d'énormes dégâts matériels et 7 pertes en vies humaines en juin dernier. Des manifestants restent emprisonnés depuis lors, surtout qu'une autre tentative de contestation du pouvoir par la rue a fait long feu à la fin du mois d'août. En effet, les appels à descendre dans la rue, multipliés sur les réseaux sociaux avaient été un grand flop car les quelques dizaines de Togolais qui avaient répondu aux lanceurs d'alertes avaient été facilement dispersés. La police avait même fait preuve d'un flegme rarissime en raccompagnement avec ménagement à leurs domiciles 2 des principaux lanceurs d'alertes : Marguerite Gnakadé et le rappeur Aamron. C'est à croire que depuis le 17 septembre, la donne a radicalement changé contre l'ex-ministre. Pourquoi ? La grosse carpe refuse d'être muette.
