Sénégal: Relations tendues entre bus « Tata » et motos « Jakarta » - Quand la course aux clients tourne au drame

20 Septembre 2025

Sur les routes de Dakar, les bus « Tata » et les motos Jakarta se livrent une concurrence féroce qui vire trop souvent au drame. Entre accusations croisées et imprudences, les passagers se retrouvent pris au piège d'une rivalité meurtrière.

En moins d'un mois, deux conducteurs de Jakarta ont été tués dans des collisions impliquant des bus « Tata », à Pikine et à Rufisque. Le dernier accident s'est produit dans la nuit du 13 au 14 septembre, vers 23 h, à l'arrêt « Khal », sur la route de Rufisque. Selon des témoins, un bus de la ligne 62, lancé à vive allure, a violemment percuté une moto, tuant son conducteur sur le coup. Des jeunes du quartier ont réagi en érigeant des barricades et en brûlant des pneus. Quelques semaines plus tôt, le 20 août dernier, un autre drame avait secoué Pikine.

Après avoir menacé un motocycliste, un chauffeur de bus l'avait percuté volontairement. Le conducteur de la moto est décédé et le chauffeur a été déféré pour homicide volontaire. Au terminus de la ligne 60, Seyni Sarr, chauffeur depuis treize ans, fustige l'absence de réglementation: « Dès le départ, l'État aurait dû encadrer les activités des motos. Ils n'ont pas de permis, doublent à droite à toute vitesse et nous volent nos clients aux arrêts. Sans vigilance, il y aurait des accidents tous les jours ». Pape Tobane, ancien conducteur de Jakarta, estime que ces engins sont une menace : « Leur moteur peut filer à 160 km/h sans embrayage. Les passagers choisissent la rapidité, mais c'est ce qui les mène à la mort ».

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En face, les conducteurs de Jakarta se disent victimes. « Ce sont les Tata qui roulent sans freins. À Keur Massar et à Cambérène, deux de nos collègues ont été tués récemment », affirme Cheikhouna Diouf, permis de conduire en main. Mawdo Malick Diack, ancien artisan reconverti, défend son choix: « Nous avons des familles à nourrir. Certains sont maçons ou sérigraphes. Nous avons investi dans nos motos plutôt que tenté l'émigration. Ce n'est pas la jalousie des chauffeurs de Tata qui nous fera reculer ». Il reconnaît cependant des dérives : « Il y a des brebis galeuses, mais si l'on regarde bien, ce sont surtout les jakartamen qui comptent morts et blessés ». Le dernier accident a déclenché une vague de colère : douze bus «Tata» ont été saccagés à Rufisque par des jeunes en furie.

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