Congo-Kinshasa: Entre procès, offensives militaires et concessions minières - Quand les diplomates perdent leur temps et leur latin

analyse

S'est poursuivi hier 22 septembre une session spéciale du Parlement pour destitution du président de l'Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC), Victor Kamerhé et 4 de ses collaborateurs du bureau.

Ils sont accusés de malversations diverses qui se résument à des délits d'initié, d'abus de positions dominantes et de biens sociaux.

Depuis la plénière du 19 septembre où Victor Kamerhé présente son mémoire en défense, le débat est serré entre pro et anti-pétition pour sa destitution. On s'en doute, il ne se joue pas à cette session spéciale de l'Assemblée, la seule carrière politique de Victor Kamerhé et de ses proches collaborateurs. C'est la crédibilité de tout le système de gouvernance du président Félix Tschisekedi qui est à l'épreuve.

Ce dernier voudrait montrer patte blanche dans sa volonté de promouvoir une bonne gouvernance qu'il ne s'y prendrait pas autrement : nettoyer ses propres écuries des chevaux qui foulent à la patte la Res Republica. Au demeurant, le même Victor Kamheré avait été condamné en juin 2022 pour avoir mal géré des projets dits de grandes priorités, initiés par le président Tschisekedi pour marquer d'une pierre blanche ses 100 premiers jours au pouvoir.

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Il fut condamné à 20 ans de prison, pour le détournement présumé de 50 millions de dollars US. Plus d'un Congolais avait prédit sa fin de carrière et son lâchage par le président Tshisekedi dont il était le directeur de cabinet après son ralliement à sa cause lors du 2e tour de la présidentielle de 2017. Mais lors des législatives, Victor Kamheré avait rebondi après que la Cour de cassation l'a blanchi de sa condamnation au premier jugement et en appel.

L'alliance entre les élus de son parti et ceux de la coalition qui soutient Félix Tshisekedi le propulsa au perchoir de l'Assemblée. Cette pétition pour destitution serait-elle un nouveau creux de la vague qui pourrait noyer un poids lourd de la scène politique congolaise ?

En effet, avant la pétition contre Victor Kamerhé, un procès retentissant a condamné l'ancien président Joseph Kabila à mort et définitivement inéligible. Il est accusé d'être traite à la nation, en s'associant avec des terroristes, les rebelles du M23 et apparentés AFD aux côtés du président Kagamé. Joseph Kabila, en exil au Zimbabwe, a fait appel de ce verdict. On attend de voir la suite sans s'interroger sur l'impact de ces procès et pétition emblématiques sur la paix et la stabilité de la RDC, car ils jettent de l'huile sur le feu, particulièrement sur les foyers ardents de la 3e Guerre qui déchire sa région orientale.

A ce propos, les rebelles du M23 et alliés AFC revendiquent la conquête de la ville de Nzibira, et une progression vers la localité de Shabunda, dans le Sud-Kivu. Ils menacent donc plusieurs axes commerciaux stratégiques de la RDC avec les pays voisins, notamment le Burundi et l'Ouganda. Par ailleurs, la même rébellion a diffusé une vidéo sur les réseaux sociaux, relayée par des médias crédibles qui montre plus de 7000 hommes en tenues militaires, rassemblés à Rumangabo, présentés comme des déserteurs des Forces armées congolaises et de leurs supplétifs, les Wazalendos, qui auraient rejoint l'AFD-M23. Cette vidéo qui annonce une « lutte pour la libération totale de la RDC avec la conquête de Kinshasa » répond à une offensive d'envergure des FARDC pour le contrôle des localités de Walikélé et Maisisi, toujours dans le Sud-Kivu.

Bref, le cessez-le-feu dont il est question dans les accords de Doha et Washington n'est que de la poudre jetée aux yeux des diplomates-négociateurs, des Congolais et de la communauté internationale, sur un règlement global de crise en RDC. Au demeurant, ces diplomates-négociateurs sont actuellement à la peine à Doha au Qatar, les uns accusant les autres de ne pas respecter les accords signés ici et là.

Pure perte de leurs temps et latin pour ces missi dominici. Félix Tshisekedi cherche à neutraliser ses adversaires dans des grands procès, ou à se faire de nouveaux alliés à l'international par de nouveaux contrats miniers. Quant aux chefs militaires des deux camps, si l'option n'est d'imposer la paix par le canon, cela y ressemble beaucoup.

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