Cote d'Ivoire: Papa Amadou Saar, nouveau directeur général du groupe Porteo - 'L'Afrique doit construire ses propres modèles de développement'

22 Septembre 2025
interview

Après trois années à la tête des partenariats, du financement et de la communication à l'Agence française de développement (Afd), et fort d'une expérience de ministre des Finances du Sénégal, Papa Amadou Saar vient d'être nommé directeur général de Porteo, acteur panafricain majeur du Btp basé à Abidjan. Il revient sur les enjeux de cette nouvelle étape et la vision qui guidera son action.

Vous quittez le secteur institutionnel, l'Afd, pour le secteur privé. Pourquoi ce choix ?

Effectivement, je viens de l'Agence française de développement où j'ai eu l'honneur d'occuper les fonctions de directeur exécutif en charge de la mobilisation, du financement, des partenariats et de la communication. L'Afd est présente dans 53 pays d'Afrique, mais aussi en Amérique latine et en Asie. Elle s'impose comme un pionnier dans le financement des infrastructures de base. Rejoindre Porteo constitue pour moi un nouveau défi : continuer à contribuer au développement économique et social de l'Afrique, mais cette fois au coeur même de l'action. Depuis plus de 20 ans, je m'investis dans cette mission. Avec son savoir-faire en infrastructures, en aménagement du territoire, en industrie, en digital et en services, le groupe offre l'opportunité d'avoir un impact direct et tangible sur la vie des populations.

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Que représente cette nomination pour vous qui avez été ministre dans un gouvernement au Sénégal ?

C'est une étape déterminante de mon parcours. J'entamerai officiellement mes fonctions le 1er octobre 2025, avec la volonté d'apporter au groupe l'expérience que j'ai acquise au croisement du monde institutionnel, financier et international. Ce nouveau rôle me permettra de contribuer, de manière beaucoup plus opérationnelle, à la réalisation d'infrastructures qui transforment concrètement le quotidien des Africains : routes, autoroutes, ponts, systèmes d'assainissement, logements, data centers, autant d'ouvrages essentiels au développement. Au Sénégal, j'ai eu l'honneur de servir comme ministre des Finances.

Cette responsabilité m'a donné une vision globale des enjeux de croissance, de stabilité macroéconomique et de mobilisation des ressources. En rejoignant Porteo, je souhaite mettre cette expérience au service d'une ambition collective : hisser un champion africain des infrastructures à la hauteur des meilleurs standards internationaux. Ma rencontre avec Hassan Dakhlallah, président du groupe, a été décisive. Nous partageons une conviction forte : l'Afrique doit construire ses propres modèles de développement. Son parcours entrepreneurial et mon expérience institutionnelle se complètent naturellement pour porter l'entreprise à une nouvelle étape.

Porteo est un acteur majeur de la reconstruction de la Côte d'Ivoire. Quels sont les défis actuels ?

Notre groupe a réalisé en 2024 un chiffre d'affaires de 450 milliards de Fcfa, confirmant une trajectoire de croissance continue depuis 2011. Cette progression s'explique par la confiance que nous accordent les États et les partenaires institutionnels, mais aussi par la capacité de nos équipes à livrer des projets complexes dans le respect des standards internationaux. Le premier défi, c'est de maintenir ce rythme de croissance tout en renforçant notre performance opérationnelle. Pour ce faire, nous allons continuer à démontrer notre rigueur, notre sérieux et notre capacité d'exécution. Le deuxième, c'est l'adaptation aux besoins croissants des pays africains. L'urbanisation accélérée, la pression démographique et les impératifs environnementaux créent une demande sans précédent en infrastructures durables : routes, réseaux d'assainissement, logements sociaux, infrastructures énergétiques et numériques.

C'est ce à quoi nous souhaitons continuer de répondre. Enfin, le troisième défi réside dans l'intégration de la dimension sociétale, car nos activités génèrent de la valeur pour les populations : emploi, formation, transfert de compétences, impact environnemental maîtrisé. C'est cette combinaison performance technique, ancrage local et responsabilité sociale - qui doit nous permettre de consolider notre position de leader panafricain. Notre responsabilité ne se limite pas aux ouvrages. Avec la Fondation Porteo, nous agissons aussi dans l'éducation, la santé et l'autonomisation, pour laisser une empreinte humaine et sociale durable dans les territoires où nous intervenons. Une route, un pont, un centre de données ne sont pas que des infrastructures : ce sont des leviers de souveraineté, d'inclusion et de compétitivité.

Quelle place occupe la Côte d'Ivoire dans votre portefeuille ?

La Côte d'Ivoire est le coeur stratégique du groupe. C'est ici qu'il est né en 2011, et c'est ici que se trouve notre siège. Aujourd'hui, près de 80 % de nos activités sont concentrées sur le territoire ivoirien, ce qui témoigne de l'importance de ce pays dans notre trajectoire. Depuis Abidjan, nous avons progressivement étendu notre présence au Bénin, au Sénégal, au Gabon, en Guinée, au Togo et au Congo-Brazzaville. Nous comptons désormais plus de 12 000 collaborateurs. Ce capital humain reflète les dynamiques du continent et constitue l'une de nos plus grandes fiertés. 8 % de nos effectifs sont des femmes, occupant des responsabilités clés aussi bien sur les chantiers que dans nos pôles d'ingénierie et de gestion ; 53 % de nos collaborateurs ont moins de 35 ans, preuve tangible de notre engagement en faveur de l'emploi des jeunes, et 23 nationalités sont représentées au sein du groupe. Nous avons également fait le choix d'un fort ancrage local : dans chacun des pays où nous opérons, plus de 80 % de nos effectifs sont des nationaux. Cet enracinement est une condition de notre légitimité et de notre réussite à long terme.

Quelles sont les perspectives pour les prochaines années ?

Le groupe entre dans une phase d'expansion et de diversification. Nous ouvrons de nouveaux chantiers, notamment en Guinée et au Gabon, et renforçons notre présence dans les secteurs connexes aux infrastructures. Notre ambition s'articule autour de deux priorités : maîtriser une croissance rapide. Il s'agit ici de consolider nos méthodes, nos standards et nos capacités de pilotage pour garantir la performance et la durabilité de chaque projet livré. Ensuite, maximiser l'impact sociétal et environnemental. En effet, au-delà des ouvrages réalisés, nous voulons contribuer activement au développement socio-économique des pays où nous opérons, en générant de l'emploi, en favorisant la formation et en intégrant des pratiques respectueuses de l'environnement. Notre ambition est de nous positionner comme le bâtisseur de la Côte d'Ivoire nouvelle et un champion régional incontestable des infrastructures. D'autant plus que, dans un contexte marqué par une urbanisation rapide et une croissance économique ivoirienne projetée à 12 % par les institutions financières internationales, la demande en infrastructures modernes et résilientes ne cessera de croître.

Quelle place occupe la formation dans votre stratégie ?

La formation est au coeur de notre vision à long terme. Pour assurer la pérennité du groupe, nous devons préparer les générations futures de cadres et de techniciens capables de prendre le relais et de faire progresser nos standards. C'est pourquoi nous investissons fortement dans le développement des compétences. Un centre de formation professionnelle est actuellement en cours de création à Abidjan. Il permettra de former des centaines de jeunes chaque année aux métiers du Btp, du génie civil et de l'aménagement. Nous renforçons également nos partenariats avec les écoles polytechniques, les universités et les centres de formation dans toutes les grandes villes où nous opérons. Cette coopération académique et professionnelle nous permettra de créer de véritables passerelles entre l'éducation et l'emploi. À terme, nous envisageons de développer des curriculums dédiés aux métiers où Porteo est un acteur de référence : routes, bâtiments, ingénierie, mais aussi services connexes comme le carrelage, la peinture ou encore l'agroalimentaire, qui constitue l'un des piliers de diversification du groupe.

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