Au Kenya, quatre personnes meurent chaque jour de suicide, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Près de 500 tentatives de suicide sont enregistrées chaque année par la police, un chiffre largement sous-estimé selon l'Institut de recherche médicale du Kenya (Kemri). La tendance est à la hausse. En février, la justice kényane a décriminalisé le suicide, une avancée notable pour briser un tabou majeur de la société.
Dans une petite chapelle en taule du bidonville de Kibera, un groupe de parole se réunit. Evans Omussi a récemment perdu son meilleur ami, qui s'est pendu chez lui. « Je suis allé tout seul allumer un cierge en sa mémoire. Chez nous, les lwas, le corps de celui qui se suicide est battu avant d'être enterré. Le suicide ne fait pas partie de notre culture. Ça a été un grand choc pour moi ».
Le suicide reste pourtant courant dans le bidonville. Selon le ministère de la Santé, ce sont les quartiers pauvres qui sont les plus touchés.
Des facteurs sociaux aggravants
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Pour Frederic Onondo, de l'association Akili Bomba, plusieurs facteurs sociaux aggravent la situation. « Les violences sexuelles, les violences faites aux femmes et aux enfants sont des facteurs de dépression et de pensées suicidaires. On devrait en discuter ouvertement dans les écoles ou les églises, mais les anciens et le gouvernement ne veulent pas en entendre parler ».
Selon Lucy Kamau, anthropologue médicale ayant étudié la perception du suicide à Nairobi, la fracture générationnelle avec les parents accroît la vulnérabilité des jeunes. « Ceux interrogés ont évoqué certaines pratiques comme les mutilations génitales, toujours présentes dans la plupart des communautés du Kenya. D'autres interdisent d'avoir un enfant avant le mariage ou rejettent une femme abandonnée par son mari. Certaines de ces situations mènent au suicide, ou à des tentatives ».
Un accès limité aux soins
Jusqu'en février 2025, le suicide était interdit au Kenya, une tentative pouvant entraîner jusqu'à deux ans de prison. « Parce que cette vie vous a été donnée par Dieu, vous n'avez pas le droit de vous en débarrasser comme ça », exprime Sarah Dafala, du Centre pour la justice sociale de Kibera. « Mais on ne peut pas criminaliser le suicide sans s'attaquer aux racines du problème. Améliorons déjà l'économie du pays et donnons aux gens des choses auxquelles s'accrocher ».
Selon le ministère de la Santé, 75 % de la population kényane n'a pas accès aux services de santé mentale.
