Sur les collines verdoyantes de Sejnane, au nord de la Tunisie, l'eau courante ne coulait pas de source. Pendant longtemps, femmes, hommes et enfants des villages devaient aller la chercher chaque jour à la source ou au puit.
Aujourd'hui, le paysage a changé. Le robinet a remplacé le seau.
Grâce au Programme d'alimentation en eau potable en milieu rural -- financé par la Banque africaine de développement à hauteur de près de 124 millions d'euros, et mis en oeuvre par le ministère tunisien de l'Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche -- plus de 420 000 Tunisiens ont vu leur quotidien transformé. Ce progrès a été rendu possible par la réhabilitation d'anciens systèmes d'approvisionnement, la création de nouveaux réseaux, et la réalisation de nombreux forages à travers le pays.
En dix ans, des progrès notables ont ainsi été réalisés en matière d'accès à l'eau potable en milieu rural, faisant passer le taux de couverture à l'échelle nationale de 92,6 % à 95,3 %.
Un tournant pour les écoles et l'éducation
Yahya Nefzi dirige l'école primaire El Ali. Pendant des années, l'établissement a fonctionné sans être raccordé au réseau d'eau. Les réservoirs que nous nous faisions livrer suffisaient à peine à couvrir une semaine de consommation », se souvient Yahya. « Les citernes étaient exposées au soleil, induisant de potentiels risques sanitaires pour les enfants », explique le directeur.
Novembre 2023, un nouveau chapitre s'ouvre : l'école est enfin branchée au réseau.
« Depuis, tout a changé. L'eau coule au robinet. Sa qualité s'est nettement améliorée. L'environnement d'apprentissage s'est grandement amélioré grâce à l'appui des autorités locales. »
Près de 1 400 établissements ont été desservis, permettant à des dizaines de milliers d'élèves d'apprendre dans de meilleures conditions, plus saines, plus sûres.
Un progrès tangible pour les femmes et les artisans
« Les efforts et investissements consentis ont porté leurs fruits, comme en témoigne la progression remarquable du taux d'accès à l'eau potable dans les zones rurales de la délégation de Sejnane, passé de 48 % en 2015 à 93,5 % en 2024. La qualité et le cadre de vie des habitants se sont améliorés, avec une économie locale revitalisée, en particulier pour les femmes »
Noura Saidani, elle, est potière. Elle vit à Jbissa, petit village de Sejnane, et depuis son enfance, elle façonne l'argile héritée de ses aïeules.
« Avant, on allait puiser l'eau au puits, parfois à un kilomètre. Un bidon de 20 litres ne suffisait même pas pour la vaisselle », raconte-t-elle. Le ménage, la lessive, les besoins du foyer... tout dépendait de ces allers-retours quotidiens. On y passait une demi-journée. Le matin, on se levait avec l'eau en tête. »
Désormais, l'eau est à portée de main.
« Je peux laver mon linge et faire le ménage »
lance Noura en souriant. L'accès à l'eau lui permet désormais de produire plus, de gagner plus. Son atelier prospère : de cinq pièces produites chaque jour, elle passe aujourd'hui à 12 voire 13. « J'ai plus de temps, plus d'énergie. Ma situation s'est améliorée. Celle de tout le village aussi ».
Depuis l'arrivée de l'eau courante, la vie de Noura et de ses enfants a radicalement changé. Une situation qui libère le potentiel de nombreuses femmes qui opèrent dans ce secteur artisanal et améliore leurs revenus.
Le solaire au service de l'eau
Un meilleur accès à l'eau, c'est aussi un accès à une énergie durable et abordable. Acheminer l'eau vers les habitations situées dans des zones montagneuses a été un véritable défi, relevé grâce à une source d'énergie inépuisable : le soleil. Une nouvelle station de pompage solaire pilote a ainsi été installée pour propulser l'eau dans le réseau.
« 43 panneaux photovoltaïques, d'une puissance de 21,5 KWc, alimentent aujourd'hui les pompes », explique Mohamed Ali Laabidi, gérant d'Enersol, une entreprise locale prestataire du programme.
Cette innovation a d'ores et déjà réduit de près de 30 % le coût de l'énergie de la station de pompage qui profite à un millier de familles.
« Avec plus d'ensoleillement durant l'été, les économies atteindront jusqu'à 40 % ! » affirme Mohamed Ali.
Pour ces familles, c'est un soulagement : « avant, elles peinaient à régler les factures d'électricité liées au pompage de l'eau. Aujourd'hui, ces factures sont maîtrisées. »
L'impact du projet, c'est également la création d'emplois : dix personnes ont été formées à la gestion et à la maintenance de ces installations. Autant de nouvelles compétences précieuses au service de cette région rurale.
Les histoires de Noura, Yahya et Mohamed Ali à elles seules illustrent combien l'accès à l'eau potable a un impact déterminant sur l'éducation, la santé, l'économie locale ou encore l'autonomisation des femmes.