Le Forum Structured Finance Africa (SFA) tenu hier, jeudi 25 septembre, à Dakar, a réuni plus de 300 décideurs publics et privés. Objectif : faire des financements structurés-titrisation, partenariats public-privé et finance verte des outils concrets pour combler le déficit d'investissement et bâtir une souveraineté financière africaine.
L'Afrique fait face à une équation budgétaire de plus en plus difficile. Le déficit annuel de financement des infrastructures est estimé entre 130 et 170 milliards de dollars, tandis que l'adaptation au changement climatique nécessitera près de 2 800 milliards d'ici 2030. Selon Isaac Mbaye, directeur général d'Invictus Capital & Finance et coorganisateur du forum, « 4 000 milliards de dollars par an seraient nécessaires pour atteindre les objectifs de développement ». C'est fort de cette réalité que la première édition du Forum Structured Finance Africa (SFA) s'est tenu hier, jeudi, dans la capitale Sénégalaise.
Une rencontre stratégique, où responsables publics, investisseurs et acteurs privés ont plaidé pour un changement de paradigme : passer des financements classiques, trop contraints, à des instruments plus innovants et adaptés aux réalités africaines. La finance structurée, longtemps perçue comme complexe, est désormais présentée comme un outil incontournable. « Qu'il s'agisse de titrisation, de financement de projets, de partenariats public-privé, de finance islamique ou de finance verte, ces instruments doivent devenir des leviers stratégiques », a déclaré Badanam Patoki, directeur de l'AMF-Umoa. Le ministre sénégalais des Finances, Cheikh Diba, a rappelé que ces montages financiers « ne sont pas seulement des constructions sophistiquées, mais bien un outil de partenariat entre acteurs publics et privés au service d'objectifs communs ».
Cinq priorités débattues
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Les participants ont identifié cinq chantiers : la mobilisation de l'épargne locale par la titrisation, la construction d'un cadre réglementaire attractif, le développement du trade finance pour sécuriser les importations stratégiques, le déploiement d'instruments hybrides pour la finance durable et, enfin, le rôle des fintechs dans le financement des PME et TPE.
Plusieurs succès récents montrent la voie. Au Kenya, une opération de titrisation de 150 millions de dollars a été menée en 2024, attirant des investisseurs internationaux. Dans l'espace UEMOA, la finance islamique a permis de mobiliser plus de 1 400 milliards de FCFA avant même l'adoption du cadre réglementaire en 2022. Ces expériences confirment l'existence d'un potentiel massif. L'Africa Finance Corporation estime que près de 4 000 milliards de dollars dorment dans les fonds souverains et de pension africains. Ajoutés aux contributions de la diaspora, ces capitaux constituent un réservoir que la finance structurée pourrait mettre en mouvement.
Au-delà des aspects techniques, le forum porte une ambition politique : celle d'une souveraineté financière africaine. Pour le Sénégal, qui veut se positionner comme hub régional de l'innovation financière, ce forum s'inscrit dans la stratégie « Sénégal 2050 », axée sur la diversification des financements et la résilience économique.
En clôture, le ministre Cheikh Diba a annoncé la tenue du forum Investir au Sénégal les 7 et 8 octobre prochains, destiné à prolonger les débats et à présenter aux investisseurs internationaux les réformes et projets porteurs. L'enjeu est clair : transformer les financements structurés en pilier central de la croissance africaine, en conciliant innovation financière et souveraineté économique.