Sénégal: Commémoration AN 23 naufrage du Joola - Entre mémoire et responsabilité nationales

27 Septembre 2025

Vingt-trois ans après la pire tragédie maritime de l'histoire du Sénégal et du monde, Ziguinchor n'a pas oublié. Hier, vendredi 26 septembre, la ville s'est figée pour honorer la mémoire des 1 863 victimes du naufrage du Joola. Dans une atmosphère de recueillement, familles endeuillées, autorités locales et nationales ainsi que de simples citoyens se sont retrouvés sur l'Esplanade du Mémorial-Musée Le Joola. Visages graves, larmes discrètes et paroles fortes ont rythmé une cérémonie marquée par la douleur et la volonté de ne pas laisser s'éteindre le souvenir.

La journée a débuté au cimetière mixte de Kantène, où repose une quarantaine de victimes. Recueillement et prières ont rassemblé les proches des disparus, accompagnés du ministre des Forces armées, Birame Diop, qui conduisait une délégation comprenant Amadou Ba, ministre de la Culture, du Tourisme et de l'Artisanat, ainsi que le secrétaire d'État à la Culture.

L'émotion, vive et palpable, s'est prolongée sur l'Esplanade du Mémorial où les discours ont alterné, gravité et appel à la responsabilité. « Nous portons ensemble le poids de cette tragédie qui a endeuillé notre Nation », déclara le maire de Ziguinchor, Djibril Sonko, avant d'ajouter : « Ce que les morts attendent de nous, ce n'est pas un sanglot, mais un engagement. »

Dans le même esprit, le président du Conseil départemental, le docteur Georges Anianias Massaly, rappela que « la présence de chacun ici ravive la mémoire de ces visages disparus. Ce lieu devient un cadre de prière, de recueillement, ancré dans les profondeurs de la spiritualité africaine ».

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Mais le moment le plus marquant fut sans conteste la prise de parole de Sira Gassama, orpheline rescapée du naufrage, dont les mots ont bouleversé l'assistance : « Le Joola est un fragment du silence que la mémoire humaine refuse. Sur les eaux de l'Atlantique brûlées par la mort, seize peuples ont été engloutis. » Elle poursuivit, la voix tremblante mais ferme : « Le temps est venu de réaliser les promesses après presque un quart de siècle. Le moment est venu de tirer les familles de leurs difficultés. Commémorer, c'est refuser le silence. C'est rappeler que 1 953 personnes sont abandonnées à la merci des houles agressives de l'Atlantique. »

Portant la parole de l'État, le général Birame Diop rappela que « le devoir de mémoire ne se limite pas au souvenir. Il exige des actions concrètes ». Dans une interpellation solennelle, il insista : « L'État reste à vos côtés. Il faut faire du Joola non pas une page tragique refermée, mais un catalyseur de changement. Ce changement de comportement est une obligation. » Il réaffirma l'écoute du gouvernement aux préoccupations des familles et rescapés, ainsi que la volonté de renforcer les mesures d'accompagnement social.

Le ministre a également salué les initiatives pour la paix en Casamance, rappelant que l'ambition gouvernementale reste celle d'une paix durable. De son côté, le ministre de la Culture Amadou Ba a annonçé que, lors des prochaines commémorations, tous les drapeaux seront mis en berne et qu'une minute de silence serait observée à l'échelle nationale. « Le mémorial du Joola doit être pleinement opérationnel. C'est notre responsabilité collective. Le meilleur hommage que nous puissions rendre à ces disparus, c'est de provoquer un véritable changement de comportement », conclut-il.

Si la mobilisation fut moins forte que lors des précédentes éditions, la cérémonie a rappelé que la tragédie du Joola demeure une plaie ouverte et un appel constant à la mémoire et à la responsabilité. Vingt-trois ans après, le naufrage n'appartient pas seulement à l'histoire. Il interroge la conscience nationale, et appelle à transformer la douleur en force collective. Le silence des profondeurs ne peut éteindre la clameur des survivants. Chaque 26 septembre, Ziguinchor, le Sénégal et le monde doivent se souvenir. Le Joola n'est pas un passé révolu, mais un présent qui commande fidélité et dignité

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