Au Maroc, selon les chiffres de l'Unicef, l'obésité a doublé en seulement 20 ans chez les enfants et les adolescents. 20% d'entre eux sont aujourd'hui en surpoids. La faute à un mode de vie davantage sédentaire et à un changement dans l'alimentation qui s'est industrialisée au fil des années.
Ironie du sort, Lamia El Yandouzi a installé son cabinet à quelques mètres d'une rue connue pour ses fast-foods. « On a de plus en plus de patients jeunes en diabétique type 2, donc un diabète qui se déclenche plus traditionnellement chez les personnes de plus de 40 ans. Le constat est très alarmant, et triste », déplore-t-elle.
Le Maroc, particulièrement touché par l'obésité
Elle est diabétologue et micro-nutritionniste, et ressent déjà les effets de l'augmentation de l'obésité et du surpoids chez les plus jeunes. « La qualité de l'alimentation a beaucoup baissé sur les dernières années partout dans le monde, mais au Maroc, en particulier. Il y a une augmentation des aliments ultra-transformés, trop gras, trop sucrés et une baisse de l'activité physique », explique la diabétologue.
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Mehdi est un patient du docteur El Yandouzi. À l'approche de la quarantaine et atteint de prédiabète, il a voulu se reprendre en main. « La première chose, c'est qu'il a fallu réapprendre à manger. Maintenant, manger n'est plus un geste mécanique, c'est un acte pensé. Il ne s'agit pas d'être extrémiste, mais de savoir que ce sont des dettes qu'on tire sur notre corps. Si j'ai un excès aujourd'hui, je sais que je vais devoir faire attention sur la période pour éviter de le reproduire », témoigne Mehdi.
Le passage à une alimentation plus saine et équilibrée lui a permis d'obtenir des résultats rapidement et de perdre près de dix kilos en deux mois.
« Ce sont des pathologies qui handicapent la société »
Le Maroc s'est doté d'une stratégie nationale de nutrition 2024-2030 pour, notamment, lutter contre l'obésité et le surpoids. Selon le docteur Hamdi Tayeb, chercheur en politiques et systèmes de santé, le royaume, comme d'autres pays du Sud, ne pourra pas supporter le coût de cette épidémie.
« Le Maroc, c'est un pays qui ne peut pas se permettre le luxe de, dans les 20, 25, 30 années à venir, prendre en charge les complications du surpoids et de l'obésité, avec le diabète, avec l'hypertension artérielle, avec les handicaps, avec les accidents vasculaires cérébraux, les cancers que ça engendre. Ce sont des pathologies qui sont très coûteuses, qui ont besoin de beaucoup de professionnels de santé, beaucoup d'argent, beaucoup de médicaments, beaucoup de prise en charge. Et qui handicapent la société et qui bloquent même le développement économique, note le docteur Hamdi Tayeb. Et si on rappelle, par exemple, aux États-Unis, l'espérance de vie était synonyme du développement de la croissance. Et les dernières années aux États-Unis, on a remarqué une baisse de l'espérance de vie malgré le développement. C'était à cause, entre autres, de problèmes d'obésité et de la drogue. Donc l'obésité peut miner l'avenir de toute une nation. »