À New York comme à Tunis, la question du rôle des femmes dans l'instauration de la paix et de la sécurité s'impose avec force. De la diplomatie onusienne aux ateliers de formation contre le terrorisme, la Tunisie met en avant l'autonomisation féminine comme un levier essentiel de prévention, d'éducation et de résilience.
Le mercredi 24 septembre, à New York, le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l'étranger, Mohamed Ali Nafti, a participé à la réunion ministérielle de haut niveau du réseau des points focaux nationaux chargés du programme «Femmes, la paix et la sécurité», organisée dans le cadre de la 80e session de l'Assemblée générale des Nations unies.
À l'occasion du 25e anniversaire de la résolution 1325 (2000), Nafti a rappelé que la promotion d'un rôle plus actif des femmes dans les processus de paix est «un préalable nécessaire» à la construction d'un avenir fondé sur la justice, la dignité et la sécurité pour tous.
De la résolution 1325 aux plans d'action nationaux
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Le chef de la diplomatie tunisienne a souligné la contribution historique de la Tunisie à l'adoption de la résolution 1325 lors de son mandat au Conseil de sécurité en 2000, qualifiant ce texte d'«avancée majeure» qui a inscrit la promotion des droits des femmes à l'agenda international de la paix et de la sécurité.
Il a évoqué les réalisations tunisiennes -- élaboration d'un premier plan d'action national dédié à la mise en oeuvre de la résolution 1325 et préparation d'un plan quinquennal pour 2025-2030 dont la publication est imminente -- ainsi que des avancées concrètes : nomination d'une femme à la tête du gouvernement (première dans le monde arabe, selon le communiqué) et renforcement de la présence féminine dans l'armée, les forces de sécurité, l'administration et les missions diplomatiques et onusiennes.
Sécurité et lutte antiterroriste, les femmes en première ligne
Dans le même ordre, s'est tenue le mardi 23 septembre à Tunis, une rencontre régionale sur le rôle des femmes dans la lutte antiterroriste qui a mis en lumière les compétences et l'engagement des policières tunisiennes. Abdelkrim Krich, directeur du bureau d'Interpol Tunis et directeur de la police judiciaire, a rappelé que les femmes officiers occupent désormais des postes opérationnels importants et constituent un modèle dans la région Mena
Organisé par le bureau d'Interpol Tunis en coordination avec l'Organisation internationale d'Interpol, cet atelier de quatre jours a rassemblé des policières venues du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord et d'Afrique de l'Ouest. Objectif : renforcer le rôle des femmes dans la prévention de la radicalisation, la lutte contre l'extrémisme violent et la protection contre toute tentative de recrutement des enfants et des femmes par des organisations terroristes.
Krich a insisté sur la nécessité d'une approche intégrée, la lutte contre le terrorisme devenant ainsi une cause sociétale qui dépasse les seules structures sécuritaires, tandis que Madi McTag, assistante du secrétaire général d'Interpol, a mis en avant l'importance de la coopération régionale et du partage des bonnes pratiques. Enfin, il a été annoncé que Tunis accueillerait, du 6 au 10 octobre, une session de formation dédiée aux femmes officiers sur la gestion des postes frontaliers, afin de renforcer les capacités opérationnelles féminines aux frontières.
La femme, éducatrice de paix
Au-delà des instruments politiques et des formations sécuritaires, l'autonomisation des femmes a une portée profondément sociétale. Elles sont souvent à l'avant-garde de l'éducation et de la transmission des valeurs, et c'est dans ce rôle que réside l'une de leurs plus grandes forces. En tant que mères, enseignantes ou militantes de la société civile, elles participent chaque jour à façonner des citoyennes et des citoyens capables de penser de manière critique, de respecter la diversité et de privilégier le dialogue.
En inscrivant très tôt dans l'éducation familiale et scolaire des notions de droits humains, d'esprit civique et de tolérance, elles réduisent l'attrait des discours extrémistes et construisent la résilience des générations à venir. Sur le terrain sécuritaire, leur présence dans des contextes sensibles, qu'il s'agisse de la prévention de la radicalisation des mineurs, de l'accompagnement des victimes ou du travail auprès des familles, apporte une approche singulière, marquée par l'écoute, la confiance et la volonté de réinsertion.
Cette capacité à agir dans la proximité sociale s'articule avec des dispositifs plus techniques, tels que les formations spécialisées, la gestion des frontières ou les enquêtes sociales, mais ne prend tout son sens que lorsqu'elle est relayée par des initiatives portées par des femmes leaders. Plus largement, leur visibilité dans des postes de décision, qu'ils soient politiques, sécuritaires ou diplomatiques, brise les stéréotypes et inspire les jeunes générations.
La nomination d'une femme à la tête du gouvernement tunisien a ainsi valeur de symbole : elle rend l'égalité tangible et transforme peu à peu les mentalités.
Mais pour que ces dynamiques se consolident, encore faut-il leur donner les moyens d'exister. Plans d'action dotés de budgets, projets locaux de prévention, formation continue des femmes officiers, protection sociale des femmes victimes d'extrémisme. Autant d'investissements indispensables pour que les politiques de sécurité tiennent compte des besoins spécifiques des femmes.
Les anniversaires de la Déclaration de Pékin et de la résolution 1325 rappellent que l'heure n'est plus aux déclarations d'intention, mais bel et bien à la mise en oeuvre d'engagements concrets, à la hauteur du rôle irremplaçable des femmes dans la construction d'une paix durable.
Une vision intégrée pour une paix durable
Les discours et les ateliers techniques, aussi nécessaires soient-ils, ne peuvent à eux seuls changer la donne s'ils restent enfermés dans des salles de conférence. La paix durable se construit dans la vie réelle, là où l'éducation, la sécurité, la justice, l'économie et la gouvernance se rejoignent.
Et dans ce chantier, les femmes doivent être placées au centre, non plus seulement comme bénéficiaires de programmes, mais comme véritables actrices et architectes de la paix. La Tunisie, qui a longtemps été pionnière en matière de droits des femmes dans la région, est d'autant plus concernée qu'elle a été frappée en son coeur par les attentats terroristes qui ont endeuillé les Tunisiens, par les milliers de jeunes envoyés vers les zones de conflit, et par l'ébranlement des bases mêmes d'une Tunisie moderne et réconciliée avec elle-même.
Aujourd'hui, notre pays a l'occasion de transformer ses avancées en un modèle concret : former davantage de policières prêtes à agir sur le terrain, comme celles qui se réuniront à Tunis début octobre ; donner plus de moyens aux femmes leaders pour animer des programmes de prévention au coeur des quartiers et des communautés ; mobiliser, enfin, les financements indispensables pour que ces initiatives ne restent pas des promesses éphémères.
C'est ainsi, pas à pas, dans l'action quotidienne et au plus près des citoyennes et des citoyens, que l'idéal de paix pourra s'enraciner et devenir une réalité partagée.