Madagascar: Pillages, répression, couvre-feu...

28 Septembre 2025

Les manifestants restent mobilisés à Madagascar. Plusieurs centaines de Malgaches ont à nouveau marché pour protester contre le gouvernement, samedi, à Antananarivo.

Les forces de l'ordre, déployées en grand nombre, ont empêché les manifestants d'approcher le centre-ville de la capitale, utilisant des grenades lacrymogènes pour les disperser. Ce rassemblement est intervenu deux jours après qu'une manifestation anti-gouvernementale interdite a dégénéré en heurts et en pillages. Voici ce que l'on sait de la situation sur place.

Une protestation contre les coupures d'eau et d'électricité

Pour la deuxième fois en trois jours, des manifestants ont répondu samedi à un appel à descendre dans la rue pour protester contre les coupures incessantes d'eau et d'électricité. «Chez nous, cela fait trois ans qu'on n'a plus d'eau et qu'on a des coupures d'électricité tous les jours», a confié une manifestante à Mayotte La 1ère.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Les protestataires rassemblés à Antananarivo ont aussi brandi des pancartes avec des slogans comme «Nous sommes pauvres, en colère et malheureux», «Madagascar est à nous» et «Nos voix brillent plus que la lumière que vous refusez de nous donner». La plupart des manifestants étaient vêtus de noir et avaient le visage couvert, certains arborant des chapeaux de paille colorés, devenus un symbole de défiance.

En dépit de ses richesses naturelles exceptionnelles, Madagascar reste l'un des pays les plus pauvres de la planète. Près de 75 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2022, d'après la Banque mondiale.

L'île est également classée 140e sur 180 pays dans l'indice de perception de la corruption de Transparency International. Le président malgache a tenté de reprendre la main vendredi. «J'ai entendu les revendications du peuple majoritaire sur le délestage et les pénuries d'eau», a déclaré Andry Rajoelina dans une vidéo.

Disant avoir «eu les larmes aux yeux» depuis New York, où il s'était déplacé pour l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies, le chef d'État a *«constaté que le ministre de l'Énergie ne faisait pas son travail» et a annoncé le limoger. Installé au pouvoir à la faveur d'un coup d'État, après un mouvement de contestation populaire en 2009, Andry Rajoelina a qualifié les événements de jeudi de «factuellement pr

émédités». «Il s'agit d'actes de déstabilisation et d'une forme de coup d'État», a-t-il accusé. À la suite de sa prise de parole, le mouvement a appelé à défiler samedi à partir de 10 heures depuis l'université d'Antananarivo.

Un mouvement parti de la génération Z

Les manifestants, jeunes et étudiants pour la plupart, sont appelés à se mobiliser via les réseaux sociaux, à travers un mouvement baptisé Gen Z. Il s'agit d'une référence à la génération Z, les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010. Le mouvement reprend par ailleurs à son compte le drapeau pirate tiré de la série japonaise One Piece, signe de ralliement déjà vu en Indonésie et au Népal dans des mouvements de contestation anti-régime.

Au-delà des coupures d'eau et d'électricité, les partisans de la Gen Z réclament le respect de leurs droits fondamentaux. Âgé de 51 ans, Andry Rajoelina a été réélu fin 2023 lors d'un scrutin boycotté par l'opposition, auquel moins de la moitié des électeurs inscrits avait pris part. «Nos droits fondamentaux ne sont pas respectés, le droit de manifester pacifiquement, le droit de nous exprimer...», dénonce une manifestante auprès de Mayotte La 1ère.

La police a dispersé, jeudi comme samedi, les groupes de manifestants avec des grenades lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. Jeudi, la manifestation avait été suivie d'incendies et de pillages. Un distributeur automatique de billets saccagé, des véhicules calcinés et des vitrines dévalisées en témoignent, ont constaté des journalistes de l'AFP. Malgré le déploiement des forces de sécurité, les domiciles de trois parlementaires proches du pouvoir ont été incendiés jeudi.

Une station du téléphérique tout juste inaugurée, un des projets phares du gouvernement, a également été incendiée. Au total, cinq grandes villes du pays (Antsiranana, Majunga, Toliara, Antsirabe et Antananarivo) sont concernées par des couvre-feux nocturnes. Le mouvement s'est désolidarisé des scènes de pillages. Les gens «sont déjà pauvres et n'ont rien. Et ils prennent le peu qu'ils voient», explique un militant de la Gen Z.

À Antsiranana (nord), des vidéos sur les réseaux sociaux montrent des centaines d'étudiants défilant vendredi en portant le corps de l'un d'entre eux, tué pendant les troubles. Ces images ont été confirmées à l'AFP par une source locale. Selon une source hospitalière, au moins six personnes ont perdu la vie, rapporte également La 1ère. L'ambassade de France a recommandé de «reporter pour l'instant tout projet de voyage».

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.