Guinée Bissau: Présidentielle - Veillée d'armes ou passes d'armes ?

29 Septembre 2025
analyse

La décision prise ce jeudi 25 septembre 2025 par la Cour suprême de Bissau concernant le rejet pour forclusion de la liste des candidats de la coalition PAI Teera Ranka aux élections législatives du 30 novembre 2025 risque d’ouvrir une période de contentieux pré-électorale très tendue en Guinée-Bissau.

Le recours introduit à cet effet pour contester cette décision en est une parfaite illustration, dès lors que du côté de la coalition on y voit la main du pouvoir en place. En effet, les arguments servis par les juges, qui invoquent « le manque de temps pour examiner le dossier », semblent « tirés par les cheveux ». A quoi servent les délais légaux pour le dépôt des listes, s’interrogent beaucoup d’observateurs ?

La coalition PAI Terra Ranka, qui porte la candidature de l’ancien Président de l’Assemblée nationale dissoute, Domingos Simoes Pereira, rentré fraîchement d’un exil de près de 9 mois à Lisbonne, estime pour sa part que la liste des candidats, ainsi que le dossier du candidat de la coalition lui-même, ont été déposés le 19 Septembre 2025, soit plus de 72 h avant la date de clôture du dépôt des listes fixée au 25, aux termes des dispositions du Code électoral.

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L’autre question que beaucoup de candidats se posent est de savoir comment déclarer la liste des députés de la coalition forclose, alors que le dossier du candidat lui-même est recevable ? Il faut rappeler que la polémique avait déjà commencé pour la fixation de la date de la présidentielle, unilatéralement retenue au 30 novembre par le président Emballo lui-même, dont le mandat devait expirer le 27 février 2025, selon l’opposition, contre l’avis de la Cour suprême pour qui c’était le 4 septembre.

En cela, le pouvoir avait considéré que la date de sa prise de fonction devait être retenue pour décompter le début du mandat, qui s’achève à l’élection du président nouvellement élu. Par conséquent, le 30 novembre devait être, pour lui, la date de la présidentielle. Cela avait suscité beaucoup de polémiques avec l’opposition et la société civile, avant que le président Embalo ne se ravise pour coupler la présidentielle et les législatives au 23 novembre 2025.

Entretemps une mission de haut niveau de la CEDEAO est passée à Bissau, pour une médiation, avec le résultat peu glorieux que l’on connait, car la délégation de la CEDEAO a été chassée par le président Emballo, qui par ce geste ferme définitivement les portes du dialogue politique.

L’enjeu de ce début de contentieux, qui est loin d’être banal, n’est pas sans rappeler la précédente législature où le parlement dissout était majoritairement dominé par l’opposition qui, faut-il le rappeler, a tenu tête au président Emballo. N’est-ce pas la raison pour laquelle cette forclusion a été brandie pour éliminer, de la compétition, un parti historique, le PAIGC, qui a porté la Guinée-Bissau à l’indépendance, qui plus est accompagné par une coalition d’une dizaine d’autres partis ?

L’élection présidentielle, combinée avec les législatives prévues pour le 23 novembre, aura ceci de particulier qu’elle va redessiner le paysage politique de la Guinée-Bissau avec principalement deux cas de figure.

Si le Président sortant réussit à écarter une coalition, qui naguère avait la majorité au parlement et lui faisait face, il s’ouvre en cas de victoire à la présidentielle un boulevard pour un exercice sans bavure de son mandat, car disposant de tous les leviers pour gouverner avec un parlement acquis à sa cause, et surtout qu’il a reçu un renfort de taille avec le soutien de son nouveau premier ministre Braima Camara, leader du Mouvement pour l'alternance démocratique, Groupe des 15 (ex-dissidents du PAIGC). Cependant, c’est loin d’être gagné, car on ignore encore dans quelle dynamique s’inscrit l’opposition, et quel sera le sort du recours devant la Cour suprême.

En revanche, si le président Emballo ne réussit pas à se faire réélire, et par l’effet du vote couplé, d’office il sera minoritaire à l’Assemblée nationale autrement configurée, risque qu’il ne veut absolument pas prendre dès lors qu’il postule à un second mandat.

C’est ainsi que dans les semaines à venir, il est fort probable que des initiatives soient prises en direction des nouvelles forces politiques qui s’organisent aujourd’hui autour de l’ancien Premier ministre Nuno Gomes Nabian, toujours en embuscade, suite à la dislocation de sa coalition le « Front populaire ». L’objectif étant d’élargir la base politique d'Emballo, qui, faut-il le rappeler, se présente sous la casquette d’indépendant, quoique crédité du soutien d’une plateforme de 16 partis politiques.

Mais d’ores et déjà, la Cour suprême devra trancher cette question épineuse de forclusion opposée à la coalition PAI Terra Ranka, qui certainement va impacter le cours du processus électoral, la dynamique de l’opposition, et le futur politique de la Guinée-Bissau.

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