Réunis à Dakar du 27 au 29 septembre 2025, les ministres africains de l'eau et de l'assainissement, ainsi que des experts venus de l'ensemble des pays membres de l'Union africaine, ont adopté la nouvelle « Vision africaine et politique de l'eau, perspective 2063 », un document qui entend replacer l'eau au coeur du développement du continent, dans un contexte marqué par la croissance démographique et les menaces climatiques. Ce texte, qui succède à la Vision africaine de l'eau 2025, adopté il y a vingt-cinq ans. Cette fois, l'ambition se veut plus large et tournée vers l'Agenda 2063 de l'Union africaine.
Les discussions ont porté aussi bien sur l'accès des populations à l'eau potable que sur la coopération transfrontalière, les financements et la résilience face aux changements climatiques. Les experts présents ont rappelé que l'Afrique compte plus d'une trentaine de fleuves partagés entre plusieurs pays. L'eau est ainsi autant une ressource de vie qu'un potentiel facteur de tensions. La Vision 2063 mise sur la coopération et la gestion solidaire pour éviter les conflits, renforcer la paix et créer des dynamiques de développement partagées.
L'adoption du texte est un aboutissement salué par le ministre sénégalais de l'Hydraulique et de l'Assainissement, qui a rappelé l'importance de cette décision
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
« Je voudrais rendre grâce à Dieu que cela ait été fait ici au Sénégal, sous la présidence du Sénégal, puisque cette vision est en cours d'élaboration depuis déjà de nombreuses années. Mais c'est ici à Dakar, avec le travail que nous avons fait ces derniers mois, que nous avons pu finaliser et procéder à l'adoption de cette Vision africaine de l'eau 2063 », a déclaré le ministre.
Celui-ci n'a pas manqué de rendre hommage à ses pairs : « Je voudrais remercier très sincèrement tous mes collègues ministres africains qui ont fait le déplacement et qui n'ont ménagé aucun effort pour nous permettre de parvenir à l'adoption de ce document extrêmement important, qui canalise et donne une perspective nouvelle à la gestion de l'eau au niveau continental, en alignement avec la Vision 2063, l'Afrique que nous voulons » ajoute -il.
Au total, près de 17 ministres ont pris part aux travaux, aux côtés d'une trentaine de délégations officielles, un niveau de participation jugé « presque record » par rapport aux précédentes assises de l'Association ministérielle africaine sur l'eau (AMCAO).
Le texte adopté met l'accent sur l'accès universel à l'eau potable et à l'assainissement, considérés comme des droits fondamentaux encore loin d'être acquis pour une partie significative de la population. Aujourd'hui, plus de 400 millions d'Africains n'ont pas accès à une eau sûre. Et les projections démographiques sont alarmantes. D'ici 2063, le continent devrait compter près de 2,5 milliards d'habitants, dont une majorité en zones urbaines. La demande en eau et en infrastructures risque d'atteindre des niveaux inédits, accentuant la pression sur des ressources déjà limitées.
Le document insiste également sur la nécessité de mobiliser des financements pérennes. Les ministres appellent à une implication plus forte des États, mais aussi du secteur privé et des partenaires internationaux. L'objectif est d'éviter que les infrastructures construites à grands frais ne tombent en ruine faute d'entretien, un scénario trop souvent répété en Afrique.
Le texte sera présenté à l'Union africaine avant d'être soumis au prochain sommet des chefs d'État et de gouvernement pour adoption finale. « C'est un point de départ pour l'Afrique que nous allons consolider », a indiqué le ministre, tout en rappelant que « le Sénégal continue d'affirmer son leadership dans la question de l'eau et de la diplomatie de l'eau ».
Le document insiste également sur la nécessité de mobiliser des financements pérennes. Les ministres appellent à une implication plus forte des États, mais aussi du secteur privé et des partenaires internationaux. L'objectif est d'éviter que les infrastructures construites à grands frais ne tombent en ruine faute d'entretien, un scénario trop souvent répété en Afrique.
Le Sénégal accueillera en janvier 2026 la réunion préparatoire de haut niveau en prélude à la Conférence des Nations Unies sur l'eau, co-organisée avec les Émirats Arabes Unis.
Le ministre Dièye a insisté sur la portée stratégique du document adopté : « Il faut une vision stratégique qui repose sur la gestion intégrée de la ressource, sur son utilisation comme levier transformationnel pour le développement économique et social, sur la mobilisation des ressources financières d'abord domestiques, ensuite extérieures, mais aussi sur l'innovation et le numérique. »
Enfin, les ministres ont également pris des décisions sur le renforcement institutionnel et financier de l'AMCAO. « Depuis l'année dernière, sous le leadership du Sénégal, il est unanimement reconnu que l'AMCAO s'est relevé et a commencé à poser des actes extrêmement importants »,
Le ministre a conclu en appelant à l'unité et à la mobilisation des pays africains:« Au-delà des stratégies, ce dont nous avons besoin aujourd'hui, ce sont des ponts et des synergies pour co-construire un avenir plus sûr et plus équitable en matière d'eau. L'eau doit nous unir, nous connecter, et rester un vecteur de paix, de solidarité, de développement et de résilience. »
Avec l'adoption de la Vision africaine de l'eau 2063 à Dakar, l'Afrique s'offre un cadre stratégique inédit pour relever ses défis hydriques et affirmer son leadership sur la scène mondiale.