Afrique: Communiqué de la 1303e réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, tenue au niveau des chefs d'État et de gouvernement, le 24 septembre 2025 à New York (États-Unis d'Amérique), sous le thème « Redynamiser la prévention et le règlement des conflits en Afrique »

communiqué de presse

Adopté par le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union africaine (UA) à sa 1303e réunion, tenue au niveau des chefs d'État et de gouvernement, le 24 septembre 2025 à New York (États-Unis d'Amérique), sous le thème « Redynamiser la prévention et le règlement des conflits en Afrique ».

Le Conseil de paix et de sécurité,

Rappelant les décisions et déclarations pertinentes de la Conférence de l'UA dans lesquelles les chefs d'État et de gouvernement de l'UA ont exprimé leur ferme détermination à atteindre l'objectif d'une Afrique sans conflits, et rappelant en particulier l'initiative phare « Faire taire les armes » et son engagement indéfectible à faire de la paix une réalité pour tous les peuples africains, à débarrasser le continent des guerres, des conflits violents, des violations des droits de l'homme et des catastrophes humanitaires, à prévenir le génocide, s'est engagé à ne pas léguer le fardeau des conflits à la prochaine génération d'Africains et est déterminé à mettre fin à toutes les guerres en Afrique ;

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Rappelant également les dispositions de l'article 3 du Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité de l'UA, et l'aspiration n° 4 de l'Agenda 2063 de l'UA, à savoir « une Afrique en paix et en sécurité », ainsi que la Feuille de route principale de l'UA sur les mesures pratiques pour faire taire les armes en Afrique à l'horizon 2030 ;

Profondément préoccupé par la résurgence et la récidive des conflits et des situations de crise, aggravées par l'émergence de nouvelles menaces et le phénomène des transitions politiques prolongées/sans fin sur le continent ;

Conscient de l'indivisibilité de la sécurité en Afrique, et en particulier du fait que la défense et la sécurité d'un pays africain sont directement liées à celles d'autres pays africains ;

Conscient également du fait que ces situations de conflit sont causées, entre autres, par des déficits de gouvernance, le non-respect des principes fondamentaux stipulés dans l'Acte constitutif de l'UA de 2000, le Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité de l'UA et les dispositions d'autres instruments normatifs pertinents de l'UA ;

Déterminé à relever les défis liés à la prévention et au règlement des conflits en vue de créer des conditions favorables à la réalisation de la vision de l'UA, à savoir « une Afrique intégrée, prospère et en paix, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique sur la scène mondiale » (Agenda 2063 de l'UA), ainsi que l'Agenda 2030 des Nations Unies sur les objectifs de développement durable ;

Prenant note du discours d'ouverture de S.E. João Manuel Gonçalves Lourenço, Président de la République d'Angola et Président du CPS pour le mois de septembre 2025, de la déclaration liminaire de S.E. Mahmoud Ali Youssouf, Président de la Commission de l'UA, de la déclaration de S.E. António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies ; et

Agissant en vertu de l'article 7 de son Protocole, le Conseil de paix et de sécurité :

1. Souligne que l'UA dispose de tous les outils, mécanismes et instruments pertinents et efficaces pour prévenir et régler pacifiquement les conflits ; et s'engage à redoubler d'efforts pour assurer la mise en oeuvre intégrale des instruments de l'UA et des décisions du CPS et de la Conférence en vue de prévenir et de régler les conflits, et de créer ainsi un environnement favorable au développement socio-économique ;

2. Demande aux États membres de réaffirmer leur attachement au panafricanisme, à l'unité et à la solidarité en tant que principes directeurs de l'Acte constitutif de l'UA et des aspirations de l'Agenda 2063, ainsi qu'aux cadres normatifs qui ont prévalu à la création de notre institution ;

3. Souligne les capacités, la force et les succès de l'Union africaine en matière de prévention des conflits et insiste sur l'importance de redynamiser et de privilégier la diplomatie préventive en tant qu'approche la plus viable et la moins coûteuse pour la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité sur le continent ;

4. Note avec une profonde préoccupation que l'Afrique continue de faire face à de multiples défis interdépendants en matière de prévention et de règlement des conflits à travers le continent, notamment, mais sans s'y limiter, le manque de financement prévisible et durable, les ingérences extérieures, la mise en oeuvre limitée des décisions de l'UA et les difficultés dans la mise en oeuvre et le suivi des accords de paix ; à cette fin, décide de travailler avec diligence à la résolution de ces défis, notamment en élaborant des solutions et des mécanismes innovants et endogènes en la matière ;

5. Exhorte tous les États membres à coopérer pleinement avec le CPS et à soutenir les efforts qu'il déploie pour exécuter son mandat, en mettant en oeuvre les décisions prises conformément aux dispositions de l'article 7 (2), (3) et (4) du Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité de l'UA ;

6. Exhorte les cinq régions de l'UA à se conformer pleinement à l'article 5 (2) du protocole du CPS relatif à l'élection des membres du CPS ; à cet égard, demande à la Commission de l'UA de veiller à ce que les critères énoncés à l'article 5 (2) du Protocole du CPS soient dûment communiqués aux États membres à la suite de l'appel à candidatures pour l'élection des États membres du CPS ; réaffirme l'importance de mettre pleinement en oeuvre l'article 5 (2) du Protocole du CPS et décide de mettre pleinement en oeuvre l'article 5(4) du Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité de l'UA afin d'assurer l'efficacité et l'efficience du Conseil ; à cette fin, charge le Président de la Commission de l'UA d'entreprendre le travail susmentionné et de le soumettre à l'examen du Conseil ;

7. Souligne la nécessité pour le CPS de faire preuve de cohérence dans l'application des instruments normatifs de l'UA et dans la promotion des valeurs partagées de l'UA en matière de démocratie et de bonne gouvernance, en vue de maintenir et de renforcer l'intégrité, la crédibilité et la légitimité institutionnelles, ainsi que la confiance des peuples africains ; et, à cette fin, souligne la nécessité pour le CPS d'utiliser pleinement tous les outils disponibles pour assurer la mise en oeuvre de ses décisions, y compris le recours à des mesures punitives, comme le prévoient les instruments normatifs de l'UA ;

8. Souligne la nécessité d'une analyse efficace des alertes précoces et de réponses rapides aux situations de conflit et de crise imminentes ; souligne en outre l'importance de tirer les leçons des analyses d'alerte précoce passées et des mesures de réponse correspondantes, afin de renforcer l'efficacité du mandat de l'UA en matière de prévention des conflits ; déplore la culture persistante de déni des États membres de l'UA et des CER/MR concernés à l'égard des alertes précoces crédibles, dans la mesure où cela compromet le mandat de prévention des conflits du Conseil et conduit à une nouvelle escalade des situations ; à cet égard, demande à la Commission de l'UA d'élaborer un mécanisme permettant de traiter la question du déni, pour examen par le CPS ; et encourage les États membres de l'UA et les CER/RM à réaffirmer leur engagement en faveur d'une approche collective visant à renforcer et à mettre pleinement en oeuvre le CEWS, compte tenu de son rôle central pour assurer la paix et la sécurité sur le continent ; encourage en outre les États membres à étendre leur coopération au Groupe des sages de l'UA et à ses organes subsidiaires dans le cadre de leurs efforts de diplomatie préventive ;

9. Souligne la nécessité de réorganiser le Système continental d'alerte précoce (CEWS) afin de prévenir et d'atténuer efficacement les conflits, ainsi que la nécessité d'assurer la collaboration et la coordination interinstitutionnelles entre le CEWS et les structures similaires des communautés économiques régionales et des mécanismes régionaux (CER/MR) et demande à la Commission de l'UA de travailler en étroite collaboration avec toutes les parties prenantes concernées, notamment les CER/MR, le Groupe des sages et ses organes subsidiaires, le Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP), la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples, ainsi que les autres agences et institutions pertinentes de l'UA chargées des questions de sécurité, afin d'élaborer les modalités d'une diplomatie et d'une action préventives intégrées ; demande en outre à la Commission de l'UA de continuer à collaborer avec les partenaires concernés en vue d'intégrer les CER/MR dans les cadres de financement des partenaires de l'UA afin de soutenir leurs actions, en particulier dans le domaine de l'alerte précoce, de manière à assurer une couverture complète de toutes les régions du continent ;

10. Exhorte tous les États membres à respecter les principes de l'Union tels qu'énoncés à l'article 4 de l'Acte constitutif de l'UA, ainsi qu'à continuer de promouvoir une gouvernance inclusive et des pratiques démocratiques comme approche de prévention des conflits et des situations de crise, en s'attaquant de manière plus large aux multiples déficits de gouvernance qui font partie des causes structurelles profondes et des facteurs de conflits violents et de crises, notamment en garantissant la participation égale des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés dans la prise de décision, en renforçant la légitimité de l'État et en améliorant la prestation des services publics dans les régions en sous-effectif ;

11. Salue pleinement le rôle crucial des CER/MR dans les mesures préventives et la recherche de solutions aux conflits dans leurs régions respectives ; et appelle à des concertations et des échanges réguliers entre le CPS et les CER/MR, et à l'harmonisation des efforts déployés pour traiter les questions de gouvernance, de paix et de sécurité, conformément à l'article 16 du Protocole du CPS ;

12. Se félicite de la mise en place d'une cartographie continentale de la sécurité comme outil d'aide à la décision pour la prévention et l'action précoce, et charge la Commission de l'UA, en collaboration avec le Centre de l'UA pour la lutte contre le terrorisme (AUCTC), le Mécanisme de coopération policière de l'Union africaine (AFRIPOL), le Comité des services de renseignement et de sécurité d'Afrique (CISSA) et le Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP), de mettre en place et d'institutionnaliser un outil dynamique et continuellement mis à jour pour la cartographie des risques, afin de permettre au CPS de renforcer sa capacité à mener des actions précoces ;

13. Réitère l'appel au renforcement de la coopération régionale et internationale pour répondre efficacement aux défis liés à la paix et à la sécurité sur le continent, y compris en prenant des mesures appropriées pour s'assurer qu'aucun territoire n'est utilisé par des terroristes pour la préparation, le financement ou l'organisation d'actes terroristes destinés à être commis contre d'autres pays ;

14. Encourage les États membres à coopérer et à lutter efficacement contre les groupes terroristes qui continuent de commettre des massacres contre les populations civiles et demande à la Commission de l'UA et aux CER/MR de fournir le soutien technique et logistique nécessaire aux États membres dans leurs efforts pour combattre ces groupes tout en protégeant les communautés locales ;

15. Souligne l'importance d'intensifier les efforts de mobilisation des ressources afin de garantir la disponibilité d'un financement adéquat, prévisible, flexible et durable pour les opérations de paix menées par l'UA, notamment en explorant des moyens innovants de mobilisation des ressources, en continuant à mobiliser des partenaires traditionnels et non traditionnels, et en encourageant les États membres, le secteur privé et les institutions financières continentales à verser des contributions volontaires généreuses au Fonds pour la paix de l'UA ;

16. Souligne la responsabilité principale du Conseil de sécurité des Nations Unies dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, conformément à la Charte des Nations Unies ; et à cet égard, exhorte le Conseil de sécurité des Nations Unies à respecter et à mettre en oeuvre pleinement sa propre résolution 2719 (2023) et, dans ce contexte, demande au Président de la Commission de l'UA, en étroite coordination avec le Secrétaire général des Nations Unies et les membres africains du Conseil de sécurité des Nations Unies (A3) de poursuivre leurs engagements en vue de garantir l'applicabilité efficace et en temps opportun de la résolution 2719(2023) du Conseil de sécurité des Nations Unies afin de soutenir financièrement les opérations de soutien à la paix menées par l'UA ;

17. Appelle à un renforcement accru des partenariats stratégiques pour la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique par l'institutionnalisation et la régularisation des échanges, d'une part, entre le CPS et les structures ou mécanismes similaires des CER/MR, et d'autre part, entre le CPS et le Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU), le Comité politique et de sécurité de l'Union européenne (CPSUE) , ainsi que le Conseil de paix et de sécurité de la Ligue des États arabes (CPS de LEA) ;

18. Prend note avec préoccupation de la prolifération des initiatives de paix et de l'externalisation des conflits africains qui sapent les efforts de l'UA. À cette fin, condamne les ingérences extérieures dans les processus de paix de l'UA et, dans ce contexte, demande instamment l'harmonisation des initiatives de paix sous le leadership de l'UA et, dans la même veine, engage vivement les États membres de l'UA à s'abstenir de toute action visant à externaliser les conflits africains, toute chose qui compromet le leadership de l'Union africaine dans ses efforts de paix et prolonge involontairement les conflits sur le continent ; à cette fin, réaffirme le rôle central de l'UA dans les processus de paix et de sécurité en Afrique ;

19. Condamne sans appel la présence de forces militaires étrangères non invitées, y compris des mercenaires et des forces de sécurité privées irrégulières, dans certains États membres, en ce qu'elle est contraire à la lettre et à l'esprit de la politique africaine commune de défense et de sécurité et, à cet égard, appelle au retrait immédiat et sans conditions de ces forces étrangères non invitées et encourage la finalisation du protocole d'accord entre l'UA et les CER/MR afin de rendre pleinement opérationnelle et de faciliter le déploiement et l'emploi de la Force africaine en attente (FAA) et d'assurer son utilisation efficace dans la prévention des conflits généralisés et la gestion des conflits conformément aux dispositions pertinentes du Protocole du CPS ; à cet égard, souligne la nécessité impérieuse de rendre pleinement opérationnelle la Base logistique continentale, conformément aux instruments juridiques et aux décisions pertinentes des organes délibérants de l'UA ;

20. Souligne la nécessité de s'attaquer aux causes profondes et aux facteurs structurels des conflits, ainsi qu'à la participation des jeunes à la violence, notamment en soutenant les programmes d'autonomisation sociale et économique visant à renforcer l'autonomie économique des populations, en particulier des femmes et des jeunes, afin de les détourner de la politique identitaire au profit de la politique de l'intérêt ;

21. Demande à la Commission de l'UA, par l'intermédiaire du Centre pour la reconstruction et le développement post-conflit, de continuer à apporter une assistance technique à tous les États membres sortant d'une situation de conflit ou de crise, en vue de renforcer leurs capacités de résilience, de promouvoir une paix durable et, ainsi, de prévenir les récidives ;

22. Exprime sa profonde préoccupation quant au fléau croissant que constituent l'exploitation et le commerce illégaux des ressources naturelles africaines par des groupes armés et terroristes, qui déstabilisent les États membres. À cet égard, souligne l'importance de renforcer les cadres réglementaires nationaux et régionaux régissant la gestion des ressources naturelles ; encourage les États membres à adopter et à mettre en oeuvre les lignes directrices de l'UA sur la gouvernance des ressources naturelles, tout en renforçant leurs législations nationales ; et encourage également les États membres à utiliser les recettes provenant de leurs ressources naturelles pour promouvoir un développement socio-économique national inclusif, à assurer la participation active des communautés locales à la gestion des ressources naturelles dans leurs pays et à veiller à ce que les communautés et les populations locales des régions riches en ressources minérales en tirent profit ;

23. Prend note de la nomination des cinq membres du Groupe de haut niveau sur l'examen du cadre de gouvernance, de paix et de sécurité et attend avec intérêt le rapport du Groupe de haut niveau, par l'intermédiaire du Champion de l'UA pour les réformes institutionnelles, en vue de redynamiser les efforts de l'UA en matière de prévention et de règlement des conflits ; et

24. Décide de rester activement saisi de la question.

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