Afrique: Fin de l'Agoa - Le continent au pied du mur économique

Avec l'expiration de l'accord commercial sur les exportations africaines vers les Etats-Unis, des milliers d'emplois et deux décennies d'industrialisation sont en jeu. Washington tarde à clarifier ses intentions, laissant l'Afrique face à une équation stratégique majeure.

Le 30 septembre 2025 a marqué l'expiration officielle de l'African growth and opportunity act (Agoa), ce régime commercial préférentiel qui liait les États-Unis à plus de trente-cinq pays africains depuis 2000. Son avenir incertain menace directement les secteurs clés de l'emploi industriel sur le continent, notamment dans le textile, l'agroalimentaire et la manufacture légère.

Au Kenya, en Éthiopie ou au Lesotho, l'Agoa a permis à des centaines de milliers de travailleurs souvent des femmes d'accéder à un emploi stable. À Nairobi, Julia Shigadi, ouvrière textile, témoigne : « C'est mon gagne-pain. S'il disparaît, c'est ma vie qui s'effondre ». Comme elle, plus de 66 000 Kényans sont directement concernés. L'ensemble du continent pourrait perdre plus de 300 000 emplois directs et indirects si aucun mécanisme de remplacement n'est mis en place.

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Malgré les appels pressants de plusieurs chefs d'État africains, dont ceux du Kenya, du Ghana et de l'Afrique du Sud, l'administration Biden n'a proposé, à ce jour, aucune alternative concrète. Entre rivalité commerciale avec la Chine, élections présidentielles imminentes et montée du protectionnisme, les États-Unis semblent hésiter sur leur cap africain.

« Le vide laissé par l'Agoa pourrait être comblé par d'autres puissances, moins regardantes sur les normes démocratiques », prévient Dr Binta Sarr du Centre africain de politiques économiques. L'impact de cette fin brutale dépasse le commerce. Il menace la stabilité sociale, en particulier dans les zones urbaines industrielles, déjà fragilisées par la crise économique mondiale.

Certains pays comme l'Éthiopie ont, d'ailleurs, vu leurs exportations s'effondrer après leur exclusion anticipée de l'Agoa en 2022. Mais cette crise pourrait aussi devenir un tournant. Plusieurs gouvernements africains plaident pour une refonte des relations commerciales, élargie aux services numériques, aux énergies renouvelables et aux investissements productifs. Dans cette perspective, la Zone de libre-échange continentale africaine est vue comme un levier pour renforcer l'autonomie régionale.

« Soit nous devenons des partenaires stratégiques, soit nous restons périphériques dans l'économie mondiale », résume Dr Adewale Akinyemi, conseiller à l'Union africaine. L'Afrique doit désormais choisir : attendre un nouveau geste de Washington ou transformer cette rupture en occasion pour bâtir une souveraineté économique plus intégrée et résiliente.

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