Les principaux bailleurs de fonds du développement, des agences d'aide et des dirigeants politiques africains ont appelé à renforcer les investissements dans les solutions locales de prévention des conflits plutôt que dans la réponse aux crises, alors que le continent est aux prises avec des défis sécuritaires et économiques croissants.
Ils ont lancé cet appel le jour de l'ouverture du Forum pour la résilience en Afrique, organisé par le Groupe de la Banque africaine de développement à Abidjan, en Côte d'Ivoire, au cours duquel les différents participants ont souligné qu'environ 250 millions de personnes en Afrique vivaient aujourd'hui dans des pays directement touchés par des conflits.
« La prévention des conflits n'est pas seulement un impératif moral ; elle est aussi une évidence économique, car pour chaque dollar investi, nous pouvons réaliser plus de 100 dollars d'économies à long terme », a déclaré Nnenna Nwabufo, vice-présidente du Groupe de la Banque africaine de développement chargée du Développement régional, de l'Intégration et de la Prestation de services, qui a modéré la session sur le thème du « Partenariat pour la prévention des conflits ».
Les panélistes ont partagé des points de vue spécifiques sur les approches de leurs organisations, soulignant que les institutions financières devaient associer les ressources aux connaissances locales, au leadership communautaire et aux investissements privés à long terme si l'Afrique voulait réduire sa fragilité.
Abubakar Umar Alhassan, représentant présidentiel au sein du National Peace Council du Ghana, a déclaré qu'une paix durable nécessitait de laisser les communautés prendre les rênes. « Dans la plupart des cas, les femmes et les groupes de jeunes détiennent la clé de la résolution des conflits et du maintien de la paix », a-t-il fait remarquer.
Le Mauritanien Mohamed Abderahmane Deddi, directeur général du ministère de l'Économie et du Développement durable, a appelé à repenser les flux d'aide. Moins de 4 % de l'aide au développement en Afrique est consacrée à la prévention des conflits, a-t-il indiqué, appelant à un soutien accru aux gouvernements qui adoptent des stratégies nationales pour la paix et la cohésion sociale, comme celui de la Mauritanie.
Olivier Ray, directeur de la mobilisation, du mouvement et des partenariats du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a souligné le double défi du maintien de la présence de l'État et du développement dans les zones fragiles, tout en préservant les services essentiels.
Il a évoqué les efforts conjoints du Groupe de la Banque africaine de développement et du CICR au Soudan pour maintenir les moyens de subsistance en période de conflit et a annoncé que les deux institutions publieraient, début octobre, une note politique tirant les enseignements d'une décennie de collaboration.
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) est un nouvel acteur en Afrique subsaharienne, ayant récemment reçu l'autorisation d'ouvrir des bureaux dans cinq pays. Asari Efiong, cheffe du bureau de la BERD en Côte d'Ivoire, a expliqué comment les racines de la Banque, fondée il y a trois décennies en pleine désintégration de l'Union soviétique, avaient contribué à ancrer « la fragilité et la résilience dans notre ADN. »
Lors des seules trois dernières années, dans une Ukraine en guerre, la BERD -le plus grand investisseur institutionnel en Ukraine- a investi 8,4 milliards de dollars dans le pays et a mobilisé 1,6 milliard de dollars de dons de la part des bailleurs de fonds partenaires. Au total, 85 % des projets financés l'ont été dans le secteur privé, l'accent étant mis sur la résolution des défis liés à la volatilité de la main-d'oeuvre causée par les déplacements, la conscription et les décès, ainsi que sur la réintégration d'une population d'anciens combattants en croissance rapide.
« Nous pensons qu'il y a beaucoup d'enseignements à tirer de ces trois dernières années de travail en Ukraine qui peuvent s'appliquer à d'autres scénarios fragiles ailleurs », a affirmé Mme Efiong.