Derrière l'image d'un secteur largement féminisé - avec 56 % de femmes dans la main-d'oeuvre totale - se dessinent des écarts persistants en matière de représentativité aux postes de direction et d'égalité salariale. Ce qui ressort d'une étude publiée par la Banque de Maurice au début de ce mois suivant une enquête réalisée sur les statistiques de genre dans le secteur bancaire pour l'année 2024.
Le secteur bancaire et para-bancaire compte 9 703 employés, répartis entre 23 institutions, dont 17 banques et 6 établissements de dépôts non bancaires. Les femmes représentent 5 425 salariés, soit 56 % de la main-d'oeuvre. Elles occupent la majorité des postes techniques et de support, confirmant leur rôle moteur dans les opérations quotidiennes.
Si la base du secteur est largement féminine, la pyramide s'inverse dès que l'on monte en responsabilité. Les femmes n'occupent que 25 % des sièges dans les conseils d'administration et 28 % des postes exécutifs. Plus préoccupant encore : plus de la moitié des institutions sondées ne comptaient aucune femme parmi leurs cadres exécutifs en 2024. La Banque de Maurice parle explicitement d'un «glass ceiling effect», soulignant la difficulté pour les femmes d'accéder aux plus hautes fonctions malgré leur poids dans les effectifs.
Disparité salariale
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Le rapport met également en lumière une disparité salariale systémique. Dans les tranches de rémunération les plus basses, les femmes sont surreprésentées, représentant environ 70 % des salariés. Mais cette proportion chute drastiquement dans les tranches supérieures : seules 30 % des plus hauts revenus du secteur sont féminins. Les hommes continuent donc de dominer les catégories de rémunération les plus élevées.
Les données par âge laissent toutefois entrevoir un changement structurel. Les cohortes les plus jeunes, notamment la tranche 25-39 ans, sont nettement plus féminisées, tandis que les classes d'âge supérieures demeurent dominées par les hommes.
De plus, les nouvelles embauches de 2024 étaient à 63 % féminines, signe qu'un rééquilibrage progressif pourrait s'opérer dans les années à venir. Autre indicateur positif : 63 % des femmes en poste ont obtenu une promotion en 2024, et elles sont plus nombreuses que les hommes à suivre des formations de renforcement des compétences.
Malgré cette dynamique, les femmes restent largement absentes des postes de leadership. Seules 3 institutions sur 23 ont nommé une femme à un poste exécutif en 2024. La Banque de Maurice propose une série d'actions pour inverser la tendance : fixer des cibles mesurables de représentativité féminine aux niveaux exécutif et au conseil ;développer des programmes de leadership dédiés aux femmes ;instaurer des systèmes de mentorat pour accompagner les carrières féminines ; renforcer les politiques de conciliation travail-vie privée afin de retenir les talents ; et assurer un suivi régulier des indicateurs de genre pour mesurer les progrès.
Au-delà de la seule question de l'égalité, la Banque de Maurice insiste sur la nécessité pour le secteur financier de mieux exploiter son vivier féminin. Dans un contexte où la compétitivité et la réputation de la place bancaire mauricienne sont scrutées à l'international, promouvoir l'accès des femmes aux postes stratégiques constitue un levier de gouvernance et de performance.
Le message est clair : si le secteur bancaire mauricien est déjà en avance en termes de féminisation globale, il reste encore à franchir le cap décisif de l'égalité dans la gouvernance et la rémunération.