Dans le but d'aider les femmes à mieux gérer leur péri-ménopause et ménopause, Sabrina Quirin-Lecellier a fondé Wellness Inside Support and Empowerment (MenoWISE), enregistré en début d'année. En sus de s'être énormément documentée sur ces questions, elle a suivi un cours auprès de l'International Practitioners of Holistic Medecine du Royaume Uni et a récemment obtenu son certificat de Menopause Health Practitionner.
Vous venez d'obtenir votre certificat de Menopause Health Practitioner, soit de professionnel de santé de la ménopause, accrédité par l'International Practitioners of Holistic Medicine (IPHM) du Royaume Uni. Parlez-nous de l'IPHM et en quoi consiste le cours que vous avez suivi ?
L'IPHM (UK) est un des plus grands organismes indépendants au monde, qui accrédite les praticiens, thérapeutes et centres de formation en médecines holistique et alternative depuis 20 ans. Le cours de Menopause Doula est un programme à la fois intensif et complet, articulé autour de plusieurs volets, mettant l'accent sur «la biologie de la ménopause» afin d'offrir une compréhension approfondie de celle-ci. Il aborde de manière biologique et détaillée les différentes phases - la menstruation et la péri-ménopause - précédant la ménopause, ainsi que, bien entendu, les impacts physiologiques et psychologiques de celle-ci. La contribution de spécialistes de la santé, de professionnels ayant développé des approches spécifiques d'accompagnement, notamment auprès de femmes en transition de genre, vient enrichir ce cours.
Combien de temps a duré ce cours ?
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Six mois, avec une implication quotidienne, mais la formation se poursuit de manière continue car, depuis que j'ai été graduated, je continue à suivre et à participer aux sessions proposées.
A-t-il été sanctionné par un examen final ?
D'abord, pour être accepté au cours, il y a l'étape de l'interview décisive avant l'inscription pour évaluer votre intérêt pour ce sujet, vos connaissances et vos objectifs. Et le passage obligatoire pour la graduation est la présentation d'études de cas (réels), élaborées à partir de constats biologiques. À titre d'exemple, j'ai présenté des explications biologiques fondées sur le ressenti des cas étudiés, en démontrant le lien entre une réaction ou un état mental et l'hormone responsable de son déclenchement. Et enfin, après chaque étude de cas, il y a un entretien relatif à celle-ci et qui valide votre connaissance.
Qu'est-ce qu'un Menopause Health Practioner et en quoi consiste une consultation avec ce professionnel de santé ?
Le.la Menopause Health Practitioner est formé.e par une institution accréditée pour accompagner, soutenir et guider une femme en péri-ménopause, ménopause ou postménopause. Sa connaissance des symptômes et des changements hormonaux, ainsi que ses conseils sur le mode de vie et le bien-être - incluant la nutrition, l'activité physique, la gestion du stress et du sommeil - facilitent la gestion de ces différentes phases. L'écoute est primordiale car l'accompagnement est toujours personnalisé. Une consultation consiste à évaluer les symptômes et à établir un plan de gestion adapté. Pour ma part, j'ai une approche holistique, ce qui permet à la femme d'opter pour la solution qui lui convient.
On vous appelle aussi Menopause Doula et vous êtes la première à Maurice. D'où vient ce mot Doula et qu'est-ce qu'il englobe ?
«Doula» dans l'ancien grec signifie «travailleuse ou servante attachée à une femme» mais le terme a pris un autre sens dans les années 1960 pour désigner une accompagnatrice non médicale apportant un soutien émotionnel aux personnes. Les formes d'accompagnement les plus courantes sont : la grossesse et la naissance, le postnatal, l'allaitement, ainsi que le soutien lors du deuil et de la fin de vie. Il y a très peu de doulas de naissance et post-partum à Maurice. Pour être doula, il faut être formé par un centre accrédité pour cette formation. La doula en ménopause est donc une accompagnatrice, qui dispose des outils appropriés pour aider les femmes à gérer cette transition, tout en les guidant quant aux solutions adaptées pour leurs symptômes. Ma formation me confère aussi ce titre.
Comment se porte MenoWISE depuis février dernier ?
MenoWISE poursuit son chemin, avec en ligne de mire, la sensibilisation. Si l'accompagnement constitue la première mission de MenoWISE, la sensibilisation plus large autour de la péri/ménopause en est une composante intrinsèque. Pourquoi ? Parce qu'entre autres, je constate que beaucoup de Mauriciennes subissent une hystérectomie, partielle ou totale, avec ou sans ovariectomie ; et connaissent ainsi une ménopause précoce, sans disposer d'informations essentielles sur ce qui les attend. Parce que l'information sur les changements parfois très handicapants liés au déclin rapide des oestrogènes et de la progestérone - et qui peuvent évoluer en pathologies - est capitale. Depuis février, je ne cesse de soulever des sujets de santé liés à la ménopause sur la page Facebook de MenoWISE et, lors des sessions, j'aborde également la santé sexuelle. La santé du vagin ne s'arrête pas lorsqu'une femme n'a plus ses règles. Je note que de nombreuses Mauriciennes ménopausées ignorent que la sécheresse et l'atrophie vaginales sont des affections sérieuses, susceptibles d'impacter fortement leur qualité de vie.J'ai organisé deux Meno Talks en mars et en mai derniers, avec la participation de spécialistes de santé et du bien-être. J'ai également animé des séances d'information à l'intention des femmes qui, pour des raisons économiques, n'ont pas toujours accès aux différents soins préconisés avant, pendant et après la ménopause.
Quel accueil a reçu MenoWISE ?
Au risque de paraître subjective, MenoWISE a reçu un accueil très positif auprès de celles qui ont bénéficié de son encadrement et de ses actions de sensibilisation, notamment parce que l'initiative est nouvelle. Je suis d'autant plus confortée dans sa pertinence lorsque je rencontre des femmes - en particulier des professionnelles, qui ont l'habitude de s'informer sur la ménopause à travers les réseaux sociaux, qui me confient avoir apprécié une séance, parce qu'elles y ont appris des choses qui ne sont pas disponibles, ou qui sont contradictoires en ligne. Elles reçoivent des informations que ne leur disent pas leur médecin. L'interaction directe avec une personne capable de répondre à leurs questions change tout pour elles. Et puis, le suivi compte : elles savent qu'elles peuvent toujours me parler ou me contacter à tout moment.
Le dimanche 26 octobre, vous organisez un atelier intitulé «La ménopause en couleurs» avec l'artiste peintre Joëlle Rosalie à l'université de Middlesex. De quoi s'agit-il au juste ?
Cet atelier a été pensé pour marquer la Journée internationale de la ménopause, qui sera célébrée le 18 octobre prochain. Ce sera un moment de partage, de discussion et de peinture, avec la ménopause comme fil conducteur. L'atelier est ouvert aux femmes péri-ménopausées, ménopausées et post-ménopausées. Ce n'est pas un atelier thérapeutique mais une activité créative où les participantes pourront exprimer et représenter la phase qu'elles traversent à travers des formes et des couleurs. Il n'est pas nécessaire d'être douée en peinture pour y participer. Joëlle Rosalie, qui a toujours mis en valeur la femme dans ses oeuvres et qui enseigne également l'art au Collège Lorette de Quatre-Bornes, saura les accompagner dans cette démarche.Par ailleurs, Dominique Arlanda, Chief Operating Officer de l'université de Middlesex, a spontanément cru en ce projet et a souhaité offrir un cadre non seulement agréable mais aussi bienveillant, en soutenant la sensibilisation autour de la ménopause. Pour s'inscrire, les intéressées peuvent appeler le 52528109 avant le 20 octobre.
Quel est le lien entre la peinture et la ménopause ?
Dans un registre santé et bien-être, la peinture - ou toute autre activité créative - fait partie des activités recommandées pendant la ménopause car elle aide le cerveau à s'adapter aux changements qui s'opèrent durant cette phase, stimule la mémoire, améliore la concentration et contribue à réduire l'anxiété. En outre, lorsqu'elle est pratiquée en groupe, elle peut naturellement renforcer le sentiment de bien-être et de bonheur (en favorisant la production d'ocytocine, l'hormone liée à l'attachement), la confiance et les émotions positives.La peinture est une option très naturelle pour gérer sa ménopause.
Comment se déclinera cet atelier ?
Dans un premier temps, il y aura un tour d'horizon sur les émotions liées à la ménopause et un temps de partage par les participantes. Dans un deuxième temps, il y aura la session de peinture. Et en dernier lieu, une discussion et des échanges autour des peintures. Tout cela se fera dans la bonne humeur, avec une pause-café et des accompagnements.L'idée est de créer un espace permettant à des femmes, traversant la même phase, de se connecter, un peu comme un groupe de copines, qui se retrouvent pour partager un moment convivial.
*Quelles sont vos attentes par rapport à cet atelier ?
Je souhaite que les participantes découvrent la facette positive de la ménopause. C'est un message que je transmets régulièrement : oui la ménopause peut être une phase positive si la femme se donne les moyens de ne pas la subir. It can unleash your creativity and help you age better. Je crois dans la ménopause positive. Mais comme cet atelier sera une première, j'ai envie d'être surprise par ses retombées. Théoriquement, je sais qu'un tel atelier peut être libérateur. Mais concrètement, je souhaite observer, dans notre contexte où chaque femme est différente en termes de personnalité et d'origine, comment elles perçoivent leur ménopause et l'expriment sur un plan artistique. Qui sait, cela pourrait ouvrir la voie à d'autres ateliers du même genre, voire à une exposition. Pour ma part, j'ai réalisé une série de peintures abstraites sur canevas, et l'un de mes tableaux est actuellement exposé à la galerie de l'Economic Development Board. Il s'agit de ma deuxième exposition. Si je suis parvenue à le faire pendant la post-ménopause, je suis convaincue que d'autres femmes peuvent en faire autant.