À Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, la Fondation Élisabeth Mishika (FEM) alerte sur la recrudescence de cas de cancer du sein et du col de l'utérus. Cette organisation l'a annoncé à l'occasion d'Octobre Rose, mois mondial de sensibilisation contre le cancer du sein. La Fondation plaide pour une attention particulière à ces maladies qui tuent beaucoup des femmes dans cette région soumise aux conflits armés.
Sous le thème « Cancers féminins au Nord-Kivu : du dépistage à l'accès aux soins », la Fondation Élisabeth Mishika tente d'attirer l'attention sur ces maladies souvent considérées comme venues de l'Occident.
Esther, 33 ans, atteinte d'un cancer du sein, raconte ses difficultés : « J'ai commencé le traitement du cancer du sein. Si je peux avoir de l'aide. Car trouver de l'argent pour les soins, c'est difficile vu la situation du pays. J'ai appris la maladie à la radio et je suis venue me faire soigner ici au centre. On m'a dit que j'ai été testée positive, une nouvelle que j'ai mal digérée. »
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Docteur Élisabeth Mishika appelle à l'action, car faute des moyens, les femmes arrivent dans les structures sanitaires, déjà dans un état critique : « On n'a pas les moyens d'accéder aux traitements. Beaucoup vont mourir dans les maisons. Les traitements coutent entre 5 000 et 10 000 dollars pour un cancer. Le plus dur est d'arriver à offrir gratuitement un traitement complet aux femmes atteintes du cancer, du diagnostic à la prise en charge. »
Avec des centaines de cas recensés chaque année, le Nord-Kivu est la deuxième province la plus touchée par le cancer du sein, après Kinshasa, d'après le ministère de la Santé.
Difficultés de la prévention
En Afrique subsaharienne, plus de 146 000 nouveaux cas et 71 000 décès ont été enregistrés en 2022. Si les organisations de santé multiplient les appels à la vigilance, le spécialiste en oncologie Christophe Sivanzire regrette que de nombreux freins empêchent encore la population africaine de se faire dépister sur le continent :
Le frein du dépistage du cancer est aussi lié à la nature de notre population, à cause de la pudeur et des tabous. Pour une femme noire africaine, se déshabiller, montrer sa poitrine et son corps, est une barrière difficile à dépasser. Le deuxième frein est lié aux moyens financiers. Quand les gens se portent bien, ils ne pensent pas à la prévention. Le troisième frein est la peur de savoir qu'on est malade. Beaucoup de femme ne savent pas qu'il faut se faire dépister bien en amont.