Ile Maurice: MIC - Entre controverses et polémiques

Arrestations, billets imprimés, des milliards de roupies prêtées à des entreprises locales, dont certaines très proches de l'ancien régime : la Mauritius Investment Corporation (MIC) a été au centre de plusieurs controverses depuis sa création en juin 2020.

Lors du bouleversement économique sans précédent provoqué par la pandémie de Covid-19, les gouvernements du monde entier, y compris Maurice, ont apporté une aide financière substantielle aux industries paralysées par les confinements et perturbations des chaînes d'approvisionnement. Ce soutien crucial visait à prévenir des faillites massives, à préserver des milliers d'emplois et à stabiliser l'économie nationale. Aujourd'hui, alors que nombre de ces entreprises affichent des bénéfices solides, des revenus en plein essor et même des valorisations boursières record, une question urgente se pose : le capital d'urgence, initialement fourni comme une bouée de sauvetage, doit-il être remboursé ?

Les défenseurs de l'économie affirment que ces fonds n'ont jamais été conçus comme des subventions permanentes aux entreprises. Leur récupération pourrait garantir la responsabilité budgétaire, permettre au gouvernement de renflouer ses caisses et réinvestir dans les services publics essentiels ou dans les chocs économiques futurs, favorisant ainsi une reprise postpandémique plus juste et plus résiliente, où le fardeau de la crise ne sera pas uniquement supporté par les citoyens.

À Maurice, la MIC a été créée par le gouvernement d'alors afin de sauver les industries de la faillite et empêcher des milliers de travailleurs de se retrouver au chômage. Sur le site officiel de la MIC il est écrit qu'elle est une société privée détenue à 100 % par la Banque de Maurice (BoM). «La MIC a été créée avec une structure de gouvernance de classe mondiale et respecte les normes internationales de gestion qui favorisent le respect de l'éthique et une gestion transparente.» Sur la partie «gestion transparente» il y a débat après plusieurs arrestations liées à la gestion des fonds de la MIC.

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L'ancien gouverneur de la BoM, Harvesh Seegolam, a été arrêté le 3 janvier 2025, sous une accusation provisoire de conspiracy to defraud public fund en lien avec un paiement litigieux à Menlo Park Ltd avant les élections de novembre 2024. Le 21 janvier, l'ancien CEO de la MIC, Jitendra Bissessur, a été appréhendé pour des accusations similaires. L'ex-ministre des Finances, Renganaden Padayachy, avait aussi été arrêté, détenu puis relâché sous caution dans le cadre d'une enquête concernant le détournement présumé de Rs 300 millions au préjudice de la MIC. Ils ont tous été relâchés sous caution.

Il faut aussi rappeler que le gouverneur sortant de la BoM, Rama Sithanen, avait dans sa première conférence de presse en décembre 2024 affirmé que certaines personnes ont abusé du système et tenté de détourner les fonds publics ainsi que deux cas majeurs de mauvaise gestion et de fraude présumées. Ces faits, qui concernent la MIC et la Silver Bank, ont suscité de vives inquiétudes quant à la gestion des fonds publics et aux risques systémiques qui pèsent sur le secteur financier.

Rama Sithanen avait souligné une grave mauvaise gestion à la Silver Bank, avec une tendance inquiétante à l'approbation inconsidérée de prêts. Il avait noté que la BoM avait émis des avertissements d'une possible faillite, mais que ceux-ci avaient été ignorés, le ministère des Finances d'alors ayant donné des instructions pour de nouveaux prêts à des bénéficiaires non qualifiés. D'autres entités, dont la National Insurance Company (NIC) et la municipalité de Curepipe, y détiennent également des dépôts dont les perspectives de recouvrement sont minimes.

Il avait également apporté des précisions concernant le financement de la MIC, affirmant que l'idée de convertir 2 milliards USD de réserves en roupies était fausse. Il a expliqué que l'argent avait tout bonnement été imprimé, contribuant à la dépréciation de la roupie, à la hausse de la consommation et à l'inflation. Il avait détaillé les investissements de la MIC : 31 % dans Airport Holdings Limited (AHL), dont Air Mauritius ; 21 % en obligations remboursables dans le tourisme ; 10 % dans le foncier ; et 3 % en actions.

Par ailleurs, la MIC a investi massivement dans l'acquisition de terrains, notamment 579,2 arpents de Medine pour Rs 2,5 milliards et d'autres liés au projet Mon Trésor Smart City pour Rs 4,5 milliards. Avec plus d'un milliard de roupies allouées au Maradiva Resort et un soutien substantiel à divers projets résidentiels de luxe, les activités du MIC sont examinées de près par la Financial Crimes Commission (FCC). Mais la question qui demeure est de savoir quelles sont les entreprises qui ont bénéficié des fonds de la MIC, quelles sont les sommes versées et aussi et surtout celles qui ont déjà remboursé leur dette.

Le chairman du groupe Medine, Yvan Legris, a récemment expliqué que l'entreprise a déjà remboursé le prêt de Rs 140 millions accordé à Casela. En ce qui concerne les terrains, il y a eu une évaluation de la MIC et de Medine et il a même précisé que les terrains ont été vendus moins cher que leurs prix réels. Omnicane a également vendu des terres d'un montant Rs 4,4 milliards à la MIC. À part Medine, plusieurs autres entreprises ont bénéficié d'aides financières de la MIC, dont Long Beach (Rs 2 milliards), Rogers Hospitality Operations Ltd (Rs 1,3 milliard), Anahita Hotel (Rs 1,1 milliard), Mauriplage Beach Resort Ltd (Rs 650 millions), Attitude Hospitality Ltd (Rs 500 millions) et Zilwa Attitude (Rs 65 millions).

Dans d'autres secteurs, Rs 900 millions ont été allouées à la Mauritian Textile Company Ltd, Rs 300 millions à FM Denim Co Ltd, Rs 275 millions à R.E.A.L Garments Ltd et Rs 160 millions à World Knits Ltd.Dans la construction et l'immobilier, Hermes Properties Ltd a obtenu Rs 650 millions, Kuros Construction Rs 225 millions et Best Construct Rs 150 millions. À ce jour, Rs 3 milliards ont été remboursées avant les sept ans accordés en 2020 pour s'acquitter du paiement.

Le maintien de la confiance du public repose sur des mesures de responsabilisation solides. Le gouvernement de l'Alliance du changement avait pris l'engagement d'enquêter sur des cas de fraude et de corruption dans tous les secteurs. Dans le dossier MIC, les enquêteurs de la FCC ont donc du pain sur la planche. Du côté des autorités gouvernementales le sort de la MIC n'a encore pas été décidé.

Est-ce que cette entité doit toujours rester sous la tutelle de la BoM? Est-ce qu'elle sera transférée sous la direction d'une autre institution ? Est-ce qu'un audit externe des transactions financières a été fait ? Avec la venue de la nouvelle gouverneure Priscilla Muthoora Thakoor à la BoM, la situation de la MIC sera très certainement à l'agenda des rencontres avec les différentes parties prenantes dans les semaines et mois à venir.

En tout cas dans un entretien accordé à une radio privée, la nouvelle cheffe de la BoM a déclaré qu'elle va travailler avec son équipe pour que la BoM puisse se positionner comme une banque centrale crédible et moderne capable de faire face aux défis qui vont encore se présenter à l'avenir.

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