Au lendemain de la proclamation des résultats provisoires des élections locales et législatives du 27 septembre dernier, une coalition regroupant près d'une vingtaine de candidats des premier et deuxième arrondissements d'Owendo conteste la régularité du scrutin et réclame son annulation pure et simple.
Cette coalition citoyenne, constituée au-delà des appartenances partisanes, a rendu publique une communication de presse le dimanche 5 octobre, dénonçant ce qu'elle qualifie de « graves irrégularités » ayant entaché la sincérité du vote.
Selon la déclaration, des procurations auraient été délivrées en marge du cadre légal, certains mandataires « régulièrement désignés » auraient été empêchés d'exercer leurs droits, tandis que des enfants et proches de certains candidats auraient été nommés présidents, vice-présidents ou assesseurs de bureaux de vote, en violation manifeste du Code électoral.
La coalition dénonce également des cas de bourrage d'urnes, d'achat de consciences, de votes multiples et d'immixtion de certains agents de l'administration dans le processus électoral.
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Des anomalies jugées "graves et systématiques"
Les candidats signalent en outre la transhumance électorale d'électeurs déplacés d'un arrondissement à un autre en dehors de toute légalité, ainsi que des incohérences manifestes dans les procès-verbaux.
Dans certains bureaux de vote, affirment-ils, « des électeurs attestent avoir voté, alors que les procès-verbaux officiels indiquent zéro votant pour leurs candidats ».
Le bureau n°12 du centre d'Akournam 2 est particulièrement cité : les électeurs y auraient été autorisés à voter sans le bulletin d'un candidat, irrégularité découverte seulement en fin de matinée.
Autre fait troublant relevé par la coalition : la Commission électorale locale du 2e arrondissement aurait signé le procès-verbal de synthèse des résultats à 23h45 le 27 septembre, alors que plusieurs bureaux poursuivaient encore le dépouillement jusqu'à l'aube du lendemain.
Une précipitation qui, selon eux, « jette un doute sérieux sur la fiabilité et la transparence de la centralisation des résultats ».
Eugène-Boris Elibiyo : "Nous n'acceptons pas que la volonté du peuple soit défigurée."
S'exprimant au nom de la coalition, M. Eugène-Boris Elibiyo, porte-parole des candidats, a déclaré :
> « Nous n'acceptons pas que la volonté populaire, librement exprimée dans les urnes, soit défigurée par des manoeuvres qui ternissent l'image de notre démocratie naissante. Ce que nous dénonçons, ce ne sont pas de simples erreurs administratives, mais une série d'actes concertés qui compromettent la crédibilité du processus électoral. »
M. Elibiyo a également interpellé les autorités compétentes, en particulier le Chef de l'État, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, pour qu'il prenne « la décision courageuse et salutaire d'annuler ces scrutins entachés d'irrégularités ».
> « En agissant ainsi, le Président de la République conforterait le pacte de confiance scellé avec le peuple gabonais depuis le 30 août 2023, et réaffirmerait son attachement à un État de droit fondé sur la justice et la transparence », a-t-il ajouté.
Une proposition pour un nouveau départ démocratique
Outre la contestation des résultats, la coalition propose une prorogation technique et concertée des organes de la Transition, estimant qu'un délai supplémentaire permettrait d'assurer une meilleure préparation institutionnelle, logistique et citoyenne des prochains scrutins.
Selon M. Elibiyo, « Ce n'est qu'à ce prix que le Gabon pourra organiser des élections crédibles, apaisées et inclusives, à la hauteur des aspirations du peuple libéré le 30 août 2023. »
Un engagement citoyen, non partisan
Les membres de la coalition tiennent enfin à préciser que leur démarche n'a aucune visée partisane. Elle s'inscrit, affirment-ils, dans une logique de défense de l'intérêt général et de la cohésion nationale. « Notre combat n'est pas celui d'un camp politique, mais celui de la vérité et de la justice. Car aucune République ne peut durablement se construire sur la base d'une légitimité contestée », conclut le porte-parole.