Le Sénégal tente de panser les plaies d'une crise politique sans précédent. Entre 2021 et 2024, les manifestations et les troubles ont fait au moins 65 morts, selon les enquêtes de la société civile. Si l'arrivée d'un nouveau régime a permis l'ouverture d'une enquête judiciaire, la loi d'amnistie de mars 2024 complique fortement la recherche de vérité et la traduction en justice des responsables présumés
La genèse d'une crise meurtrière
La période allant de février 2021 à début 2024 restera gravé comme une phase de crise politique et sécuritaire majeure au Sénégal. Les violences ont éclaté autour du bras de fer tendu entre le régime de l'ancien président Macky Sall et le principal opposant d'alors, Ousmane Sonko, aujourd’hui premier Ministre.
Les premières émeutes, déclenchées par l'affaire judiciaire visant Ousmane Sonko en février 2021, ont rapidement dégénéré. Les troubles se sont intensifiés, notamment en juin 2023 après une condamnation, et ont atteint leur point culminant avec la contestation du report de l'élection présidentielle en février 2024.
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Un bilan humain lourd et documenté
Le cout des violences est alarmant. Selon VOA Afrique, s'appuyant sur l'enquête du collectif de la société civile CartograFREE Sénégal, au moins 65 personnes ont été tuées entre 2021 et 2024. L'enquête précise un fait glaçant : 51 de ces victimes sont mortes par balles, la majorité étant de jeunes manifestant.
Parallèlement, Amnesty International a régulièrement documenté et dénoncé l'usage excessif de la force par les forces de sécurité durant cette période, appelant avec insistance à des investigations impartiales.
La justice et le mur de l'Amnistie
L'arrivée au pouvoir du nouveau régime en 2024 a insufflé un nouvel élan dans la quête de justice. Toutefois, la tâche est compliquée par la loi d'amnistie générale votée en mars 2024, qui couvre la majeure partie des faits politiques survenus.
Malgré cette contrainte législative, le gouvernement a initié une procédure. D'après Africanews, en juillet 2025, la justice a été saisie pour enquêter sur les crimes les plus graves qui pourraient échapper au cadre de l'amnistie. Selon TV5 Monde Afrique, les premières auditions judiciaires des victimes et de leurs familles ont débuté ce mois d’octobre.
Le défi pour le Sénégal est aujourd'hui de concilier cette volonté d'établir la vérité et de rendre justice avec les limites imposées par la loi d'amnistie, face aux familles qui continuent de réclamer que les auteurs des crimes graves soient tenus responsables.